Éruption du volcan Agung, Indonésie | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Éruption du volcan Agung, Indonésie

Après une augmentation de son activité en août 2017, le volcan Agung est entré en éruption à la fin du mois de novembre.
L'Agung le 27 novembre 2017 (photo CVGHM)

Le volcan Agung (8.343°S ; 115.508°E) est un stratovolcan situé au nord-est de l’île de Bali, dans l’ouest de l’arc volcanique des Petites Iles de la Sonde en Indonésie, dans un contexte tectonique résultant de la subduction vers le nord de la plaque Indo-Australienne sous la plaque Eurasienne avec un taux de convergence d’environ 7 cm par an (Simons et al., 2007). Les flancs escarpés et symétriques de l’Agung culminent à 3142 m au cœur d’une région densément peuplée et intensément cultivée.

 

Le volcan Agung, en 2011. (photo F. Beauducel)

C’est la montagne la plus sacrée et la plus haute de Bali. La zone sommitale comprend un cratère de 800 m de large et de 200 m de profondeur.
La reconstruction géologique du passé éruptif de l’Agung (Fontijn et al., 2015) montre qu’au cours des derniers 10 000 ans son activité est largement dominée par des éruptions explosives d’andésites basaltiques qui produisent des retombées de cendres et de scories, des écoulements pyroclastiques par effondrement de colonne éruptive, ainsi que des coulées de boues. L’éruption de 1963 (0,4 km3 de magma érupté, Self and Rampino, 2012) a été une des éruptions les plus significatives du 20ème siècle de part son explosivité (indice d’explosivité VEI ≥ 4) et de par l’impact climatique à court-terme qu’elle a engendré (baisse globale entre 0,1 et 0,4 °C) suite à l’émission d’environ 6,5 Mt de SO2 dans la stratosphère. Les écoulements pyroclastiques et les coulées de boue de l’éruption de 1963 ont fait 1100 morts. Environ 25% des éruptions des derniers 10 000 ans sont similaires voire plus explosives que celle de 1963.

 

Le Center for Volcanology and Geological Hazard Mitigation (CVGHM) (Badan Geologi, Bandung, Indonésie) est l’institution indonésienne en charge de la surveillance continue des 127 volcans actifs de l’archipel. Il utilise des réseaux multiparamètres de capteurs déployés sur le terrain, ainsi que des moyens satellitaires pour surveiller et quantifier l’évolution de l’activité du volcan (https://magma.vsi.esdm.go.id/), déterminer le niveau d’alerte du volcan, communiquer avec les autorités en charge de la protection civile ainsi que les autorités de l’aviation civile internationale, et informer la population, et la communauté scientifique.

 

 

En 2012 le réseau de surveillance sismique et géodésique (GNSS) a été renforcé suite à la mise en évidence par l’analyse d’imagerie radar satellitaire d’un processus lent de déformation du volcan entre 2007 et 2009 (Chaussard et al., 2012 ; 2013) interprété comme pouvant être associé à des injections de magma dans les zones superficielles du réservoir magmatique à environ 4-5 km de profondeur sous le sommet du volcan.

 

Images visuelles (résolution 10 m) et proche infrarouge (résolution 20 m) du sommet de l'Agung par les satellites Sentinel-2 entre le 5 et le 20 septembre 2017. La bande SWIR (environ 2 μm) n'est pas de l'infrarouge thermique mais intègre température et luminosité. L'échelle de couleurs est fixe et correspond à des zones froides/sombres (en bleu) ou chaudes/lumineuses (en rouge). On distingue cependant l'apparition de fumerolles dans la partie Est du cratère, associée à une anomalie thermique significative. Source : F. Beauducel IRD/Isterre/IPGP.

Ayant enregistré une nette augmentation de la sismicité volcanique au dessus du niveau de base à partir du 10 août 2017, le CVGHM a augmenté le niveau d’alerte au stade 2 sur une échelle de 4 et recommandé une zone d’exclusion de 3 km autour du sommet. En septembre, l’augmentation de l’activité sismique et l’apparition de nouvelles fumerolles dans le cratère ont engendré une augmentation du niveau d’alerte au stade 3 puis 4 et l’extension de la zone d’exclusion à une distance de 6 à 7,5 km selon les directions. Au cours du mois d’octobre le CVGHM a également enregistré une anomalie thermique ainsi que des déformations des flancs du volcan indiquant la probable intrusion à faible profondeur de magma dans l’édifice de l’Agung. Après la baisse significative de l'activité sismique fin octobre, le CVGHM a redescendu le niveau d'alerte à 3 le 29 octobre. Une première explosion phréatique a eu lieu le 21 novembre. Depuis le 25 novembre l’Agung émet un panache continu  de cendres et une quantité importante de dioxide de soufre (SO2) qui atteignent plusieurs kilomètres d’altitude et perturbent le trafic aérien engendrant des fermetures temporaires d’aéroports. Une incandescence visible la nuit au sommet depuis le 25 novembre suggère la présence probable de magma à très faible profondeur voire à l'intérieur du cratère sous forme de coulée(s) de lave. Les pluies engendrent les premières coulées de boue. Fin octobre, près de 134 000 personnes avaient été évacuées préventivement (rapport CVGHM). Depuis le 25 novembre, l’alerte est passée au niveau 4. Le CVGHM surveille en permanence l’évolution de l’éruption en cours.

 

 

Mise à jour du 5 décembre 2017 :

 

Images radar haute résolution du sommet de l'Agung obtenues par le satellite italien COSMO-SkyMed (Agence spatiale italienne -- Agenzia Spaziale Italiana) : les images d'amplitude du 28 novembre au 2 décembre 2017 montrent clairement un écoulement visqueux de lave qui progresse et remplit partiellement le cratère sommital (images en géométrie "radar", c'est-à-dire avec distorsions).

 

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Plus d'informations :

 

 

Les articles scientifiques de références :

  • Fontijn K, Costa F, Sutawidjaja I, Newhall C G, Herrin J S, 2015. A 5000-year record of multiple highly explosive mafic eruptions from Gunung Agung (Bali, Indonesia): implications for eruption frequency and volcanic hazards. Bull Volcanol, 77: 59. http://dx.doi.org/10.1007/s00445-015-0943-x
  • Simons WJF, Socquet A, Vigny C, Ambrosius BAC, Haji Abu S, Promthong C, Subarya C, Sarsito DA, Matheussen S, Morgan P, Spakman W (2007) A decade of GPS in Southeast Asia: resolving Sundaland motion and boundaries. J Geophys Res 112, B06420. doi:10.1029/2005JB003868
  • Chaussard E, Amelung F (2012) Precursory inflation of shallow magma reservoirs at west Sunda volcanoes detected by InSAR. Geophys Res Lett 39, L21311
  • Chaussard E, Amelung F, Aoki Y (2013) Characterization of open and closed volcanic systems in Indonesia andMexico using InSAR time series. J Geophys Res Solid Earth 118:3957–3969
  • Self S, Rampino M (2012) The 1963–1964 eruption of Agung volcano (Bali, Indonesia). Bull Volcanol 74:1521–1536

 

 

Page réalisée avec le concours de Jean-Christophe Komorowski, François Beauducel et l'équipe des observatoires volcanologigues et sismologiques.