L'éruption phréatique de 1976-1977 | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  L'éruption phréatique de 1976-1977

Retrouvez mois par mois un récit des principales observations du Laboratoire de Physique du Globe effectuées à partir de 1975. Cette rubrique a été réalisée d'après le témoignage des scientifiques et le livre de Michel FEUILLARD, directeur de l'observatoire de 1962 à 1997 (La Soufrière de la Guadeloupe - éditions Jasor, 2011).

 

1 mégajoule = 1 MJ = 106 Joules ; 1 térajoule = 1 TJ = 1012 Joules ; A titre d'exemple, l'énergie dégagée par le bombardement d'Hiroshima était de 63 TJ.

 

Novembre 1975. L'activité sismique de la Soufrière a montré une très nette augmentation. Au total 211 séismes d'origine volcanique ont été enregistrés par le Laboratoire de Physique du Globe (soit 15 fois plus que la normale), dont 188 entre le 25 et 27 novembre 1975 et 2 qui ont été ressentis par la population de Saint-Claude (26 novembre). L'énergie totale libérée équivaut à 40 MJ. Informée de la situation, la Préfecture met à l'étude le premier plan ORSEC-volcan pour parer aux dangers d'une éventuelle éruption.

 

Décembre 1975. Depuis la crise sismique du mois de novembre 1975, le niveau d'activité a diminué tout en restant à des valeurs bien en dessus de la normale. Au total 88 séismes d'origine volcanique ont été enregistrés, dont notamment 12 le 15 décembre, 12 le 21 décembre et 26 le 30 décembre. Deux de ces séismes ont été ressentis par la population de Saint-Claude le 30 décembre 1975. L'énergie totale libérée équivaut à 15MJ.

 

Janvier 1976. Depuis la crise sismique du mois de novembre 1975, le niveau d'activité a diminué tout en restant à des valeurs 3 fois au dessus de la normale. Au total 39 séismes d'origine volcanique ont été enregistrés par le Laboratoire de Physique du Globe. Les séismes restent de faible énergie et aucun n'est susceptible d'avoir été ressenti. L'énergie totale libérée équivaut à 7.4 MJ.

 

Février 1976. Le niveau d'activité se maintient à des valeurs bien au dessus de la normale (7 fois). Au total 93 séismes d'origine volcanique ont été enregistrés. Les séismes restent de faible énergie et aucun n'est susceptible d'avoir été ressenti. L'énergie totale libéré équivaut à 18 MJ.

 

Mars 1976. Une reprise très nette de l'activité sismique a été notée par le Laboratoire de Physique du Globe qui a enregistré 607 séismes d'origine volcanique, dont 22 ont été signalés ressentis (les 15, 21, 24 au 28, 31). L'énergie totale libérée équivaut à 157 MJ. Le maximum d'activité a été noté dans la nuit du 24 au 25 mars 1976 avec notamment 12 séismes ressentis par les habitants de Saint-Claude et des autres communes du Sud Basse-Terre (2 de ces séismes atteignent l'intensité IV à Saint-Claude). De légers dégâts sont notés sur certains bâtiments (lézardes, fissures). Le plan ORSEC-volcan est prêt début mars et est présenté, le 26 mars, par la Préfecture aux responsables des services de l'Etat.

 

Avril 1976. La forte activité sismique de la Soufrière se maintient: le Laboratoire de Physique du Globe qui a enregistré 729 séismes d'origine volcanique, dont 13 ont été signalés ressentis. L'énergie totale libérée équivaut à 142 MJ. Le maximum d'activité a été noté le 23 avril 1976 avec 5 séismes ressentis par les habitants de Saint-Claude et des autres communes du Sud Basse-Terre. Le 30 avril 1976, le Secrétaire d'Etat aux DOM Olivier STIRN se rend au Laboratoire du Parnasse pour une séance de travail. L'analyse de la progression de l'activité sismique, comparée à celle de 1956, suggère par extrapolation des différents paramètres enregistrés, la probabilité d'un phénomène de surface qui pourrait se situer au cours du mois de juillet 1976.

 

Mai 1976. La forte activité sismique de la Soufrière se maintient: le Laboratoire de Physique du Globe qui a enregistré 611 séismes d'origine volcanique, dont 9 ont été signalés ressentis. L'énergie totale libérée équivaut à 116 MJ. Le maximum d'activité a été noté les 27 et 28 mai 1976 avec 70 séismes par jour dont 2 séismes ressentis par les habitants de Saint-Claude et des autres communes du Sud Basse-Terre.

 

Juin 1976. Le Laboratoire de Physique du Globe a enregistré 668 séismes d'origine volcanique, dont 16 ont été signalés ressentis. L'énergie totale libérée équivaut à 127 MJ. Le maximum d'activité a été noté le 4 juin 1976 avec 169 séismes (non ressentis), et le 8 juin 1976 avec 65 séismes dont 10 ressentis par les habitants de Saint-Claude et des autres communes du Sud Basse-Terre. Suite à cette crise sismo-volcanique, de petits éboulements sont observés sur le bord de la route D11, au pied du morne Mitan (route passant au pied du dôme de la Soufrière et allant à la Citerne - route fermée à la circulation depuis le séisme du 21 novembre 2004). Les autres séismes ressentis ont eu lieu les 11, 12 et 25 juin 1976.

 

Carte des principales fractures et des principaux gouffres du dôme de la Soufrière de Guadeloupe. (modifié d'après Feuillard et al., 1983; Le Guern et al., 1980; Julien et Bonneton, 1984; Boudon et al., 1988; Feuillet et al., 2002; Komorowski et al., 2005; Nicollin et al., 2006; Komorowski, 2008; Lesparre et al., 2012; Mathieu et al., 2013; Brothelande et al., 2014; Rosas-Carbajal et al., 2016) (2016 / J-C Komorowski / IPGP)

Juillet 1976. Le 8 juillet 1976 à 8h55, les premières manifestations de surface apparaissent. Un trémor sismique est enregistré pendant 48 minutes, alors qu'une explosion phréatique rouvre partiellement la fracture de 1956 (Figure 1: Carte du dôme). Cette explosion projette environ 1 tonne de vapeur et 93 000 m3 de cendres volcaniques (poussières) et de blocs. Sur le chemin des Dames, les dépôts de poussières volcaniques atteignent 10 cm d'épaisseur. L'activité est importante dans le gouffre Tarissan, la fracture Napoléon et sur les flancs du dôme jusqu'à Col de l'Echelle. Un lahar d'effondrement emprunte le Carbet jusqu'à la troisième chute : l'épaisseur des dépôts de boue atteint 2 à 3 m au Col de l'Echelle ; la végétation est détruite sur 16 à 18 m de hauteur sur les bords de la rivière du Carbet au niveau de la première chute et sur 6 à 8 m à la deuxième chute (Photo 1). Des dépôts de cendres sont observés à Saint-Claude et sur les hauteurs de Baillif (quelques traces seulement à Basse-Terre et Vieux-Habitants). 20 minutes d'obscurité sont observées à Saint-Claude.

Le 9 juillet 1976, un jet de vapeur très acide (pH 0.5), d'une hauteur de 8 m, est observé au Col de l'Echelle. Les gaz rejetés contiennent beaucoup de soufre (dépôts observés sur les bords des gouffres et forte odeur de H2S perceptible jusqu'à la côte). Le 13 juillet, 5 séismes sont ressentis. A partir du 14 juillet 1976, des analyses de gaz sont effectuées tous les jours : la température est de 96°C, le pH varie entre 1.1 et 3.2 et la vapeur contient jusqu'à 14% de cendres. Le 24 juillet, des retombées de cendres sont notées à 11h et 18h à Saint-Claude et Matouba.

Seconde chute du Carbet après le passage du lahar (1976 M. Feuillard - IPGP)

Le 25 juillet 1976 à 14h, un nouveau trémor sismique de 10 minutes est enregistré par le Laboratoire de Physique du Globe, accompagné d'une faible retombée de cendres à Matouba et Papaye. C'est la seconde explosion phréatique. La Fente du Nord s'est réactivée, laissant apparaitre un panache de vapeur (sur une longueur de 50 m). A 20h03, une crise sismo-volcanique se déclenche avec 257 séismes dont au moins 4 secousses ressenties. Le 27 juillet à 15h30, un jet de gaz sombre suivi d'une petite pluie de cendres en observée à Saint-Claude. Le 28 juillet, des projections de cendres sont observées dans le secteur de Ravine Marchand.

Au cours du mois de juillet 1976, le Laboratoire de Physique du Globe aura enregistré 1220 séismes dont 20 ressentis et une énergie totale libérée de 232 MJ.

 

 

Dôme de la Soufrière le 13 août 1976. Projection de gaz et de matériaux solides au niveau de la Fente du Nord (en premier plan), du gouffre Tarissan (au centre) et des fractures 1956 et 8 juillet 1976 (en arrière plan, à gauche de la photo). M. Feuillard/IPGP.

 

 

 

Août 1976. L'activité volcanique est en nette augmentation, tant du point de vue sismique (5989 séismes dont 41 ressentis et une énergie totale libérée de 1138 MJ) que de la puissance des explosions phréatiques (volume total des poussières projetées de 294 812 m3).

Le 9 août 1976 à 19h28, un trémor sismique de 11 minutes est enregistré par le Laboratoire de Physique du Globe. Cette éruption phréatique d'intensité moyenne est caractérisée par des projections de blocs sur les flancs de l'Echelle, des retombées de cendres à Matouba et Papaye et une coulée de boue dans la ravine Matylis (voir carte du dôme).

Le 12 août 1976, une violente crise sismo-volcanique est enregistré (347 séismes dont 6 ressentis à Saint-Claude avec une intensité de V). Le Préfet invite les populations de Matouba et Papaye, puis de Saint-Claude, à quitter temporairement leurs domiciles.

Le 13 août 1976 (Photo), à 15h10, une nouvelle explosion est observée avec des dépôts importants de cendres sur le flanc sud-ouest jusqu'à Baillif, ainsi qu'une coulée de boue dans la Matylis. La population de Baillif soumise aux retombées de poussières volcaniques est évacuée ainsi que les malades de Basse-Terre.  Le 14 août, des projections de cendres ont lieu toute l'après-midi et à 22h00 jusqu'au marché de Saint-Claude.

Le 15 août 1976 au matin, le Pr. Brousse déclare aux autorités l'imminence d'une catastrophe. Le Préfet décide l'évacuation totale des zones définies par le BRGM, à l'exception de Vieux-Fort. Le Laboratoire de Physique du Globe est transféré de Saint-Claude au Fort Saint-Charles à Basse-Terre. Vers 21h00, toute la population est évacuée.

Le 16 août, une crise sismique importante débute à 17h00. A 19h40, une secousse majeure de magnitude 4.6 est enregistrée et fortement ressentie à Saint-Claude et Basse-Terre (intensité VI) jusqu'à Pointe-à-Pitre. C'est la secousse la plus forte de toute la crise volcanique 1976-77. Le Préfet ordonne l'évacuation du Fort Saint-Charles pour la nuit. La population de Vieux-Fort sera évacuée le lendemain. Durant cette journée, 725 séismes auront été enregistrés et on constatera plus tard l'ouverture d'une fracture radiale sur le flanc nord-ouest du dôme.

Le 21 août 1976 à 23h26, un trémor de 11 minutes annonce la cinquième éruption phréatique du volvan, caractérisée par une projection de blocs au Col de l'Echelle et de cendres (52 000 m3) jusqu'à Gourbeyre, Trois-Rivières et Vieux-Fort. Le 24 août, une importante crise sismique est enregistré: 1257 séismes en 24 heures, dont un de magnitude 3.9 ressenti jusqu'à Pointe-à-Pitre. Le 25 août 1976, l'éruption débute vers 16h00, précédée d'une crise sismique de 471 séismes dont 4 ressentis.

Le 30 août à 10h31, un trémor de 24 minutes annonce une nouvelle éruption majeure. Une nouvelle fracture s'ouvre sur le flanc sud-est du dôme (qui prendra le nom de "Fracture du 30 Août"; voir la carte du dôme). Le Gouffre Tarissan se réactive, accompagné de projections de blocs jusqu'à 1 m3. Les dépôts de cendres atteignent 1 cm d'épaisseur à la Savane à Mulets et une coulée de boue dans la Matylis atteint 1 à 1.5 m d'épaisseur. Plusieurs scientifiques présents aux abords du Gouffre Tarissan au moment de l'éruption, dont C. Allègre et A. Tazieff, sont blessés par les projections de blocs.

 

Éruption phréatique de la Soufrière du 22 septembre 1976 - M. Feuillard

Septembre 1976. L'activité volcanique se maintient à un niveau relativement élevé avec 2 éruptions phréatiques (volume total de poussières prejetées de 103 504 m3) et une sismicité encore soutenue: au total 1716 séismes enregistrés dont 9 ressentis et une énergie totale libérée de 326 MJ1.

Le 3 septembre 1976, les scientifiques observent sur le plateau sommital un nouvel accident au sud du Piton Dolomieu (voir carte). Il s'agit d'un alignement de petits gouffres (le long de la fracture Dolomieu) qui resteront actifs jusqu'en janvier 1977. Durant tout le mois de septembre, l'atmosphère est chargée de cendres fines en suspension. Les fréquentes pluies lessivent les dépôts de cendres et génèrent des coulées de boue qui polluent les eaux des rivières autour de la Soufrière.

Le 13 septembre 1976, l'activité fumerollienne du gouffre Breislack devient importante. Une brusque inflation du dôme est mesurée par les inclinomètres qui viennent d'être installés sur les flancs du volcan. Le 14 septembre 1976 à 19h22, une éruption phréatique démarre, accompagnée d'un trémor de 10 minutes. Durant cette éruption, l'ensemble des fractures a été sollicité et les projections de cendres et de blocs sont importantes. Les dépôts de cendres atteignent 3 mm d'épaisseur à Saint-Claude. La fracture ouverte le 30 août 1976 s'est prolongée sur une trentaine de mètres et est à l'origine d'un important éboulis dans le lit de la ravine Matylis. De gros blocs ont été projetés du gouffre Tarissan jusqu'au chemin des Dames et à la Savane à Mulets. Cet évènement est le plus important, par ses effets, depuis le début de la crise. Au milieu du mois de septembre, la population de Capesterre Belle-Eau, Vieux-Fort et de Vieux-Habitants est autorisée à rentrer chez elle.

Le 22 septembre 1976 à 6h15, une nouvelle éruption débute avec un trémor de 19 minutes. Grâce aux conditions météorologiques clémentes (ni couvert nuageux ni vent), un panache vertical de cendres atteint 2000 mètres (voir photo). Cette éruption, sans projection de blocs, vient de la fracture du 30 août. Le 28 septembre 1976, un séisme de magnitude 3.1 est ressenti dans le sud Basse-Terre.

 

Éruption phréatique de la Soufrière du 2 octobre 1976 - (c) Richard FISKE (USGS)

Octobre 1976. L'activité volcanique se maintient à un niveau élevé avec 3 éruptions phréatiques (volume total de poussières projetées de 40 575 m3) et une sismicité en augmentation mais fluctuante par rapport au mois précédent : au total 2315 séismes enregistrés dont 3 ressentis (magnitude maximale 2.9) et une énergie libérée de 440 MJ1. Des pics d'activité sismique sont enregistrés par le Laboratoire de Physique du Globe les 16, 22, 23 et 29 octobre 1976 (respectivement 157, 230, 179 et 196 séismes par jour).

Le 2 octobre 1976 à 16h30, une éruption phréatique démarre, accompagnée d'un trémor de 9 minutes (voir photo). Des dépôts de cendres sont observés sur les hauteurs de Saint-Claude, Baillif et Vieux-Habitants. Le 4 octobre entre 11h et 16h, des projections de cendres sont observées sur les flancs du volcan. Le 10 octobre 1976 à 11h10 démarre une nouvelle éruption phréatique, associée à un trémor de 13 minutes. Les dépôts de cendres atteigent 4 mm d'épaisseur à Savane à Mulets et sont également observés sur les hauteurs de Vieux-Habitants (Grand Marigot). Une troisième éruption démarre le 30 octobre à 22h38 (trémor de 9 minutes). Le panache de cendres s'élève à 1000 m au dessus du dôme, accompagné de retombées de cendres fines sur les hauteurs de Capesterre-Belle-Eau.

Au cours du mois d'octobre 1976, la profondeur des séismes sous le volcan est restée stable et n'a pas montré d'évolution particulière par rapport aux mois précédents. La chimie des gaz est restée également stable, avec des débits de fumerolles plutôt faibles. De nouvelles analyses approfondies des cendres volcaniques (par activation neutronique) ont indiqué l'inexixtence de magma frais dans les poussières. De nouvelles mesures d'inclinométrie ont conclu à l'absence de déformations du sol.

Un arrêté préfectoral autorise, à partir du 4 octobre et sur demande écrite, de reprendre une vie de jour et de nuit à Capesterre-Belle-Eau, Gourbeyre et Trois-Rivières. Le 27 octobre, le Préfet arrête les modalités de réactivation de Baillif, Basse-Terre et Saint-Claude (jusqu'à la caserne de Bonne-Terre): l'accès y est autorisé de jour sans laissez-passer. Le Préfet propose au Secrétaire d'Etat la convocation d'une réunion d'experts internationaux, en novembre au siège du CNRS, pour se prononcer sur l'évolution de l'activité volcanique de la Soufrière.

 

Novembre 1976. L'activité volcanique se maintient à un niveau relativement élévé avec 4 éruptions phréatiques (volume total de poussières projetées de 59 300 m3) et une sismicité importante bien qu'en baisse par rapport au mois précédent: au total 1040 séismes enregistrés dont 5 ressentis (magnitude maximale de 3.0) et une énergie totale libérée de 198 MJ1.

Le 1er novembre 1976 à 13h00, une éruption phréatique durant 6 mn est localisée au Cratère Sud, avec projection de blocs jusqu'à 2 kg au Col de l'Echelle et de poussières dans les hauteurs de Capesterre-Belle-Eau (dépôts de 2 cm d'épaisseur sur le dôme). Le 6 novembre 1976 à 21h48, une éruption phréatique d'une durée de 1 mn et 10s est à l'origine d'un panache de 1000 mètres de hauteur et de retombées de fines poussières à Saint-Claude et Basse-Terre. Le 7 novembre 1976 à 22h56, une troisième courte éruption phréatique (3mn) est enregistrée, projetant des poussières en direction de Baillif. Le 10 novembre 1976 à 01h34, une éruption phréatique associée à un trémor sismique de 1 mn et 40s est enregistrée, dispersant des poussières à Matouba et Baillif.

Du 15 au 18 novembre 1976, à la demande du Préfet, le CNRS réunit une conférence d'experts internationaux afin d'étudier la situation volcanique et d'estimer les risques immédiats pour la région. Les conclusions du rapport de cette conférence sont retranscrites sur la page internet de François Beauducel (www.ipgp.fr/~beaudu), directeur de l'OVSG de 2001 à 2007. La conférence approuve la décision d'évacuation du 15 août 1976 et, si elle laisse subsister deux hypothèses possibles sur l'origine des phénomènes observés (activité purement phréatique ou intrusion de magma en profondeur), elle considère le risque direct actuellement faible et préconise un retour des populations dans la zone de Basse-Terre. Les experts indiquent cependant que la situation volcanique pourrait changer et ils recommandent un renforcement immédiat des moyens de surveillance, ainsi que la préparation d'une carte géologique détaillée permettant la reconstruction des éruptions passées de la Soufrière et le lancement d'une campagne d'information publique sur le risque volcanique.

Le 30 novembre 1976, un arrêté préfectoral fixe les conditions d'activité, de jour comme de nuit, des populations sur le territoire des communes de Baillif, Basse-Terre et Saint-Claude.

 

Décembre 1976. L'activité volcanique diminue au cours du mois (volume total de poussières projetées de 370 m3), sans aucune éruption phréatique significative, avec des débits de vapeur à plus faible pression sur l'ensemble des fractures du dôme. La sismicité est également en diminution, bien que toujours assez énergétique: au total 399 séismes enregistrés dont 6 ressentis (magnitude maximale 2.8), et une équipe totale libérée de 76 MJ1.

Le 4 décembre 1976, on compte 84 séismes de faible magnitude, et il est observé dans la fracture Lacroix du flanc sud-est un jet violent de vapeur où la température des gaz atteint 184°C; les températures oscilleront ensuite entre 170 et 120°C. Le 13 décembre 1976, 23 séismes sont enregistrés dont 4 ressentis.

 

Janvier 1977. L'activité volcanique a repris par rapport au mois précédent avec 8 éruptions phréatiques (associées à des trémors sismiques saturés) et de très fréquentes projections de poussière volcanique qui ne se font plus uniquement lors des éruptions mais également à partir de bouches solfatariennes (volume total de poussières projetées de 113 605 m3). Les dégagements de vapeur sont principalement localisés sur la partie supérieure du dôme de part et d’autre du pic Napoléon. La sismicité se maintient avec 312 séismes enregistrés dont 4 ressentis (magnitude maximale 2.7 le 31 janvier 1977), et une énergie totale libérée de 57 MJ1.

Les principales éruptions phréatiques ont été notées le 5 janvier 1977 (3 explosions au niveau des fractures 1976 et Breislack avec des dépôts de cendre dans le nord de l'agglomération de Saint-Claude), le 13 janvier 1977 à 8h50 (1 mm au Parnasse), le 14 janvier 1977 à 14h43 (projection de blocs au Col de l'Echelle) et à 20h52, le 15 janvier 1977 à 01h05 (poussières à Saint-Claude, blocs de 50 cm de diamètre sur la Route de la Citerne, lahar au Col de l'Echelle), le 17 janvier 1977 à 12h12, le 19 janvier 1977 à 01h01 (projections sur le dôme). La plus importante éruption a lieu le 29 janvier 1977 à 19h11, où l'on a observé 5 mm de dépôts à Matouba et Papaye, 2 cm aux Bains Jaunes, 5 cm à la Savane à Mulets et sur le Chemin des Dames. Dans la zone immédiate du dôme, des blocs de 10 à 20 cm de diamètre ont été projetés, et la dalle en béton de l'abri du Galion a été percée. Un grondement fort et prolongé a été entendu dans toute la région et jusqu'à la côte. Le volume de matériaux éjectés a été estimé à 73.000 m3, soit la plus importante éruption depuis celles d'août 1976.