Les éruptions historiques de la Montagne Pelée | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

Twitter

Aller au compte twitter

  Les éruptions historiques de la Montagne Pelée

C'est en 1635 que les premiers européens s'implantent en Martinique et notamment sur le site qui donnera naissance à la ville de Saint-Pierre. La Montagne Pelée vient de connaître une éruption avec mise en place d'un dôme dans le cratère sommital à partir duquel un certain nombre d'écoulements pyroclastiques se sont épanchés dans les vallées dont celle de la Rivière des Pères proche de Saint-Pierre. La végétation a été détruite sur une bonne partie des flancs du volcan et dans toute la zone sommitale, d'où probablement le nom de Montagne Pelée que les premiers habitants donnèrent à ce volcan.
Deux éruptions phréatiques (sans apport de magma à la surface) se produisent au 18ème et 19ème siècle. La première, en 1792, génère quelques explosions qui n'affectent que la zone sommitale du volcan et n'inquiètent en aucun cas les habitants du nord de l'île et encore moins ceux de Saint-Pierre. La seconde, en 1851, est précédée par une activité fumerollienne dans le cratère sommital de l'Etang Sec qui dure plusieurs mois. Lorsque les explosions phréatiques se produisent, elles sont plus violentes que celles de 1792, et deux ou trois d'entre elles provoquent des retombées de cendres sur les villes du Prêcheur, du Morne Rouge et de Saint-Pierre.
Suite à l'éruption de 1851, l'activité fumerollienne se poursuit dans la zone sommitale, décline progressivement et disparaît totalement au bout de quatre années.

 

L'éruption de 1902-1905:

Nuée ardente.

On peut considérer que les premiers signes de réactivation de la Montagne Pelée se produisent dès 1889, avec l’apparition de fumerolles dans le cratère sommital de l’Etang Sec. Mais ce n’est qu’en 1900 et surtout au début de l’année 1902, que le nombre et l’intensité des fumerolles augmente régulièrement jusqu’au 23 avril 1902, quand la première explosion phréatique se produit (Lacroix, 1904; Chrétien et Brousse, 1990). De nombreuses explosions phréatiques se succèdent entraînant d’abondantes retombées de cendres sur le flanc ouest du volcan. Le 5 mai, le lac qui occupait le cratère sommital de l’Etang Sec se déverse, suite à la rupture de son barrage naturel, dans la vallée de la rivière blanche, emportant les cendres accumulées sur le flanc du volcan. Il produit un lahar qui engloutit la distillerie Guérin située à l’embouchure de la rivière et fait les 23 premières victimes de l’éruption. Dans la nuit du 5 au 6 juin, les incandescences au sommet du volcan témoignent de l’arrivée du magma à la surface. Un dôme de lave commence à s’édifier dans le cratère.

 

Le 8 mai, à 08h 02 du matin, une violente explosion se produit au sommet du volcan. Les témoignages principalement récoltés par Alfred Lacroix (Lacroix, 1904) et l’étude détaillée des dépôts (Boudon et Lajoie, 1989; Boudon et al., 1990; Bourdier et al., 1989; Lajoie et al., 1989) permet de reconstituer le phénomène éruptif. L’explosion est due à la conservation et la détente brutale d’une partie des gaz magmatiques contenus à l’intérieur du dôme et au sommet du conduit d’alimentation ; elle est donc superficielle. Elle se produit à la base du dôme et est dirigée latéralement vers le sud-ouest. La direction de l’explosion est due à l’existence d’une zone de faiblesse dans cette partie de l’édifice, à une orientation probablement oblique du conduit d’alimentation dans la zone sommitale et enfin à la présence d’une brèche profonde dans la partie ouest du cratère de l’Etang Sec.

 

La ville de Siant-Pierre avant et après l'éruption du 8 mai 1902

Tout ceci contribue à la direction latérale de l’explosion et la concentration de l’énergie dans cette direction. L’explosion se produit avec un angle d’ouverture très large, de l’ordre de 120°, et génère un écoulement pyroclastique - mélange de cendres, blocs et gaz - extrêmement dilué et turbulent, se déplaçant à très grande vitesse – de l’ordre de 120 à 150 m/s - et très destructeur. C’est ce que l’on a appelé une "nuée ardente péléenne". Il franchit les reliefs et atteint la ville de Saint-Pierre en moins d’une minute, tuant les 28 000 personnes présentes à l’exception de deux survivants. La hauteur de l’écoulement a pu être estimée, compte tenu de la limite des destructions sur les reliefs, à 190 m. La température de la nuée ardente, très basse, ne dépassait probablement pas 200 à 250°C, compte tenu de l’importante incorporation d’air dans l’écoulement. Les habitants sont tués par effets mécaniques mais surtout par brûlures et asphyxie par ingestion de gaz et cendres chaudes.

 

C’est un total de 7 nuées ardentes comparables qui se succèdent jusqu’au 30 août 1902 et qui atteignent la ville de Saint-Pierre. On peut citer celle du 20 mai, qui parachève la destruction de la ville - comme en témoignent les nombreux blocs des habitations pris dans les dépôts - celles du 26 mai, du 6 juin et du 30 août. Cette dernière, dirigée à la fois vers l’ouest et vers le sud, détruit une partie de la ville du Morne Rouge, augmentant de 1000 le nombre des victimes. Cette nuée ardente clôture la phase paroxysmale de l’éruption. Ce sont environ 30 000 personnes qui périssent.

 

Les dépôts de l'éruption de 1902.

L’activité volcanique se poursuit jusqu’au début de l’année 1905. La croissance du dôme de lave visqueuse est ponctuée de très nombreux écroulements de parties instables générant des écoulements pyroclastiques d’un autre type (écoulements de cendres et blocs appelés "nuées ardentes d’avalanches"), moins énergétiques que les précédents, qui s’écoulent dans la vallée de la Rivière Blanche la comblant partiellement. C’est au cours de cette période que s’érige au sommet du dôme la célèbre aiguille, piston de lave visqueuse, qui atteint une hauteur de 350 m avant de s’écrouler totalement (Lacroix, 1904). On peut considérer que son diamètre, d’une cinquantaine de mètres, correspond à celui du conduit d’alimentation.

 

L’éruption de 1929-1932 :

 

Après la crise de 1902-1904, une nouvelle manifestation éruptive intervient de 1929 à 1932. Ici encore, une importante activité phréatique précède l'arrivée du magma en surface. Lorsque ce dernier atteint le sommet du volcan, il édifie un nouveau dôme de lave visqueuse, à côté de celui de 1902. L'activité explosive, moins violente cette fois, ne génère aucune nuée ardente péléenne. Le dôme poursuit sa croissance et, devenu instable, il s'éboule régulièrement provoquant des nuées ardentes d'avalanches. Comme précédemment, elles s'écoulent dans la vallée de la rivière Blanche et finissent de la combler. Suite à cette éruption, la Montagne Pelée connaît une activité fumerollienne qui décline lentement. Les dernières fumerolles, localisées entre les deux dômes, disparaissent en 1970.