FAQ - Lahars de la rivière du Prêcheur | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  FAQ - Lahars de la rivière du Prêcheur

* Pourquoi les lahars sont dangereux ?

Les lahars génèrent 6 types de danger :


1)    Ces coulées très concentrées ont la capacité à transporter de gros blocs de roche (jusqu’à plusieurs mètres de diamètre et 1-2 tonnes) et des amas de troncs arbres pouvant tout détruire sur leur passage. Elles ont considérablement rempli le lit aval de la rivière, à proximité du bourg du Prêcheur. Jusqu’à présent, elles sont toutes passées sous le pont sans l’endommager.

2)    Les plus intenses d’entre elles sont une menace en cas de débordement dans les zones habitées avoisinantes du bourg du Prêcheur. Les sirènes en indiquent l’arrivée.

3)    Ces coulées possèdent un fort pouvoir d’érosion des berges de la rivière, ce qui peut indirectement menacer les habitations riveraines. Les lahars sont caractérisés par l’évolution de leur volume, vitesse, charge solide, épaisseur qui varient au cours de l’écoulement. Certains sont lents et visqueux, certains sont beaucoup plus rapides et turbulents.

4)    Le front des lahars peut atteindre 1 à 2m de haut et inonder tout le lit de la rivière en quelques instants, ce qui représente un danger pour les personnes se trouvant dans le lit de la rivière ou traversant le gué. Le bruit généré par les blocs charriés par la coulée est un signe de danger immédiat. Plusieurs lahars peuvent se suivre.  On peut être impacté par un lahar alors qu’il ne pleut pas la où on se trouve, le lahar s’étant formé bien plus en amont dans la rivière.

5)    Les glissements et les dépôts laissés par les fronts de lahar volumineux peuvent former des barrages dans le lit de la rivière créant des embâcles qui constituent un un réservoir d’eau, susceptible de se rompre soudainement générant une vague d’eau qui déferle rapidement vers l’aval.

6) En fonction de leur quantité d'eau et de boue fine, les dépôts laissés par les lahar se comportent comme du ciment dans lequel on peut s'enliser et s'enfoncer.  Il ne faut pas marcher sur un lahar récent.

 

* D'où vient toute cette boue ?


Les coulées de boue, appelées aussi lahar qui provient de l'indonésien, sont en fait constituées de débris, cendres et roches volcaniques qui s'éboulent de la falaise Samperre non consolidée depuis le 4 janvier 2018, mêlés à l'eau de la rivière Samperre et de la rivière du Prêcheur qui peut charrier des troncs d'arbres et se charger d'autres débris en les arrachant au lit de la rivière.

 

* Quelle est la température des lahars ?


Ces coulées de débris sont tout simplement à la température de l'eau de pluie qui les alimente car il n'y a pas d'activité volcanique à l'origine des éboulements et des lahars et l'eau ne vient pas des profondeurs du volcan.

 

* Comment est surveillé le phénomène ?


Chaque fois qu'il y a de gros éboulements ou de gros lahars, les autorités demandent à l'OVSM et au BRGM d'effectuer un survol de la rivière et de la falaise.
Cela permet de constater les changements de quantité de débris présents dans la rivière, de vérifier qu'il n'y a pas de retenue d'eau (embâcle) et de voir quelles sont les parties de la falaise qui s'effondrent et qui pourraient s'effondrer prochainement.
Depuis le 4 janvier, il y a eu 5 survols.
L'OVSM maintient pour la mairie depuis 2002 des instruments autour de la rivière pour détecter et enregistrer les lahars et déclencher la sirène s'ils sont importants. Les stations sismiques du réseau de surveillance de l'OVSM permettent aussi de détecter, de mesurer l'intensité et la durée des éboulements de la falaise et des lahars lorsqu'ils se forment.

 

* Est-ce qu'il y a un embâcle dans la rivière ?


Un embâcle est un barrage naturel dans la rivière constitué d'un amas de sédiments, blocs de roches, et de troncs d'arbres entrelacés qui peut former une retenue d'eau derrière. Il est dangereux car s'il est assez important et qu'il cède brutalement, il peut libérer une grosse vague en une seule fois.
Aucun embâcle n'a été constaté dans la rivière lors des survols depuis le début de la crise.

 

* Pourquoi les lahars arrivent au pont en plusieurs vagues ?


C'est ce qu'on appelle la rhéologie (l'étude de la façon dont la matière s'écoule) qui l'explique.
La forme de la rivière, sa pente, ses coudes, ses rétrécissements et élargissements expliquent pourquoi les lahars arrivent par vagues.
C'est un peu comme quand on verse un jerrican trop vite, l'eau sort par saccades. De plus, la variation de l'intensité de la pluie peut générer plusieurs lahars.  Enfin, plusieurs lahars peuvent descendre dans différents affluents de la rivière et se rejoindre ce qui génère une augmentation rapide du volume et de la puissance du lahar sous forme d'une vague d'eau et de débris qui déferle en aval.

 

* Combien de temps mets le lahar à descendre la rivière jusqu'au pont ?


C'est très variable.
En effet, il n'y a pas toujours la même quantité d'eau dans la rivière et cela dépend de l'intensité des pluies en amont.
Quand il y a beaucoup d'eau, la coulée de débris va très vite et ne mets que quelques minutes à descendre.
Par contre, quand il n'y a pas beaucoup d'eau, le lahar est beaucoup chargé en boue, sable et roches ce qui le rend plus pâteux et peut mettre plusieurs dizaines de minutes à arriver (comme par exemple le samedi 3 mars).

 

* Toute cette matière qui s'effondre et coule dans la rivière ne va-t'elle pas finir par fragiliser le volcan ?


En 2009 et 2010, ce sont environ 2.5 millions de mètre cube qui sont partis.
Cela ne représente qu'un cube de 135m de côté environ (trois terrains de foot remplis sur 100m, la hauteur de la tour Lumina à la Pointe Simon).
On sait qu'en 2018, les volumes sont au moins comparables et peut-être plus importants.
Même si ces volumes nous paraissent très importants, ça ne représente pas grand chose à l'échelle de la Montagne Pelée.
Par exemple, le dôme du Chinois à lui seul fait environ 15 millions de mètre cube.
Ces éboulements ne sont donc qu'une égratignure pour la Montagne Pelée.

 

* N'est-ce pas l'activité incessante des carrières qui aurait pu provoquer ces éboulements ?


Non, les carrières sont à plusieurs kilomètres de la falaise Samperre.
La carrière la plus proche est à Fond Canonville, près de la déchetterie entre le Prêcheur et Saint-Pierre.
Elle exploite une zone complètement différente de la Montagne Pelée et n'a pas d'impact sur la falaise Samperre.

 

* Quand même, ils font bien des explosions ?


Non, ces carrières n'utilisent pas d'explosifs pour leur activité.
Elles se contentent de creuser et de gratter les dépôts de ponce et de nuées ardentes friables.
D'ailleurs, toutes les carrières sont tenues de signaler à l'OVSM et aux autorités quand elles vont procéder à des explosions.
Et les réseaux de mesure de l'OVSM sont suffisamment sensibles pour détecter ces explosions.

 

* Pour en savoir plus à l'aide de petites vidéos:

VOLFILM Les lahars: la menace   https://vimeo.com/208104609


VOLFILM Les lahars: les impacts   https://vimeo.com/208105276