Les lahars de la rivière du Prêcheur | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Les lahars de la rivière du Prêcheur

Evolution et suivi des phénomènes de glissements et de lahars depuis janvier 2018 :

 

Depuis le début de l’année 2018, l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique (OVSM-IPGP) a enregistré grâce à ses réseaux de surveillance une séquence de glissements de terrain qui a commencé le 2 janvier 2018 au niveau de la Falaise Samperre, en amont de la Rivière Samperre-Prêcheur sur le flanc ouest de la Montagne Pelée, au nord-ouest du sommet (Figure 1). Les dépôts de ces glissements, accumulés au pied de la Falaise Samperre, sont remobilisés lors des épisodes pluvieux pour descendre jusqu’au bourg du Prêcheur sous forme de coulée de débris appelées aussi lahars. Cette crise qui a démarré le 6 janvier se poursuit à ce jour.

 

Figure 1 : Localisation de la Falaise Samperre, de la rivière Samperre qui se jette dans la Rivière du Prêcheur et des stations d’enregistrement dédiées de l’OVSM (OVSM)

 

Rappel : Ces phénomènes de glissements et de lahars n’ont aucun lien avec un éventuel regain d’activité volcanique de la Montagne Pelée qui reste à un niveau de base normal (vert).




Le terme lahar est un terme indonésien utilisé dans le cas de coulée de débris boueuse hyper concentrée transportant des matériaux volcaniques. Les lahars peuvent se produire à tout moment dans la vie d’un volcan, y compris comme en Martinique lorsque le volcan est au repos. Ils sont en général associés à la pluviométrie sur le sommet, mais dans certains cas particuliers ils peuvent se produire sans pluviométrie majeure du fait d’exsurgence d’eau provenant des nappes phréatiques comme c’est le cas occasionnellement dans la falaise Samperre.

 

La rivière du Prêcheur est équipée d’un système d’enregistrement des lahars constitué d’un réseau de géophones et d’un système de détection des crues les plus fortes à base de capteurs pendulaires (Figure 1). Ce système a été installé par l’OVSM fin 1999 suite aux coulées de janvier 1997 et 1998, en s’inspirant de systèmes existants dans d’autres observatoires volcanologiques, comme celui de l’USGS dans les Cascades aux Etats-Unis. Ce système déclenche automatiquement la sonnerie de sirènes dans le bourg du Prêcheur en cas de lahar. En 2018, le système pendulaire a été endommagé le 8 janvier par un très fort lahar, Il a été remis en état le 19 janvier grâce à une mission des techniciens de l’OVSM assistés des spécialistes des travaux acrobatiques de Can Caraïbe qui ont été héliportés sur la station par l’hélicoptère de la Sécurité Civile.

Un volet spécifique du plan ORSEC, le Plan de Vigilance « Rivière du Prêcheur » définit les rôles de chacun et les modalités d’action des services responsables de la gestion de crise en cas d’alerte. Ce plan est mis en œuvre à chaque fois que l’alarme est déclenchée par la sirène.

 

Glissements de la Falaise Samperre

Le réseau sismologique de l’OVSM-IPGP enregistre les glissements de terrain qui se produisent au niveau de la Falaise Samperre. Depuis début janvier 2018, l’OVSM a identifié 639 glissements provenant de la falaise Samperre. Ces glissements représentent des volumes variables, de la chute de blocs pour les plus petits à l’avalanche de débris pour les plus gros. En comparant ces données aux données de 2010, nous savons que plusieurs millions de m3 se sont déjà effondrés.  On note sur la Figure 2 une diminution du nombre d’événements par rapport au début de la crise début janvier. Cette diminution en nombre n’empêche pas de gros glissements de se produire, comme cela a été le cas les 22 février et 3 mars. Enfin, il n’est pas possible de connaître la date de fin de ces phénomènes qui pourrait encore impliquer de nouveaux glissements volumineux.

 

Figure 2 : Histogramme journalier du nombre de glissements de terrain (éboulement, chute de blocs, avalanches de débris) de la Falaise Samperre enregistré à l’OVSM depuis le 1er janvier 2018 jusqu’au 7 mars 2018.
Figure 2 : Histogramme journalier du nombre de glissements de terrain (éboulement, chute de blocs, avalanches de débris) de la Falaise Samperre enregistré à l’OVSM depuis le 1er janvier 2018 jusqu’au 7 mars 2018. (OVSM)

 

 

La photo ci-dessous montre le départ d’une importante avalanche de débris le 1 février 2018 (Figure 3). Les plus fortes de ces déstabilisations sont entendues ou ressenties par les habitants de la commune du Prêcheur. Les derniers glissements importants se sont produits le 3 mars 2018.

 

Figure 3 : Photo d’une avalanche de débris qui s’est produite le 1 février 2018. La zone de départ est située au sommet de la falaise, et les dépôts viennent s’accumuler en pied de falaise. (JGG / OVSM)

 

 

Les lahars de la Rivière du Prêcheur

La faible pente de la rivière limite la descente des matériaux issus des glissements vers l’aval, et une grande partie des dépôts de ces glissements s’accumule en pied de falaise constituant un réservoir de matériel. Dans le cas de pluies abondantes, une partie de ces dépôts est remobilisée et se propage dans la rivière du Prêcheur sous forme de coulées de débris ou lahars. Depuis début janvier 2018, l’Observatoire a enregistré 209 lahars d’intensité variable dans la Rivière du Prêcheur (Figure 4). Ces 209 lahars représentent à ce jour 81h d’écoulement au total.

 

Figure 4 : Histogramme journalier du nombre des lahars de la Rivière du Prêcheur depuis le 1er janvier 2018 jusqu’au 7 mars 2018. (OVSM)

 

 

 

Figure 5 : Photo de nuit d’un des lahars le plus puissant, le 23 février 2018, passant sous le pont du Prêcheur. Les blocs (> 1 m de diamètre) visibles se déplacent à la surface portés par la viscosité de l’écoulement de débris. La partie tumultueuse vient lécher le tablier du pont. Crédit : JGG (OVSM) (JGG / OVSM)

 

Les lahars génèrent 6 types de danger :


 1) Ces coulées très concentrées ont la capacité à transporter de gros blocs de roche (jusqu’à plusieurs mètres de diamètre et plusieurs tonnes) et des amas de troncs arbres pouvant tout détruire sur leur passage. Jusqu'à présent, elles sont toutes passées sous le pont sans l'endommager (Figure 5). Elles ont considérablement rempli le lit aval de la rivière (Figure 6), à proximité du bourg du Prêcheur.

 2) Les plus intenses d’entre elles sont une menace en cas de débordement dans les zones habitées avoisinantes du bourg du Prêcheur. Les sirènes en indiquent l’arrivée.

 3) Ces coulées possèdent un fort pouvoir d’érosion (Figure 6b) des berges de la rivière, ce qui peut indirectement menacer les habitations riveraines. Les lahars sont caractérisés par l’évolution de leur volume, vitesse, charge solide, épaisseur qui varient au cours de l’écoulement. Certains sont lents et visqueux, certains sont beaucoup plus rapides et turbulents.

 4) Le front des lahars peut atteindre 1 à 2m de haut et inonder tout le lit de la rivière en quelques instants, ce qui représente un danger pour les personnes se trouvant dans le lit de la rivière ou traversant le gué. Le bruit généré par les blocs charriés par la coulée est un signe de danger immédiat. Plusieurs lahars peuvent se suivre.  On peut être impacté par un lahar alors qu’il ne pleut pas la où on se trouve, le lahar s’étant formé bien plus en amont dans la rivière.

 

Figure 6 : Vues d’hélicoptère prises du 8 mars 2018 : A gauche : zone d’accumulation de blocs de roche (jusqu’à plusieurs mètres de diamètre et plusieurs tonnes) entre le gué et le bourg. A droite : Très en amont, rivière Samperre, exemple d’érosion forte le long du lit de la rivière où la végétation a été arrachée. (Vac / OVSM)

 

 5) Les glissements et les dépôts laissés par les fronts de lahar volumineux peuvent former des barrages dans le lit de la rivière créant des embâcles qui constituent un réservoir d’eau, susceptible de se rompre soudainement générant une vague d’eau qui déferle rapidement vers l’aval.

 6) En fonction de leur quantité d'eau et de boue fine, les dépôts laissés par les lahars se comportent comme du ciment dans lequel on peut s'enliser et s'enfoncer. Il ne faut pas marcher sur un lahar récent.

 

Conclusions:

L'érosion de la falaise Samperre a repris depuis le 2 janvier 2018 et des volumes importants se sont effondrés. Les phénomènes de glissements et de lahars vont se poursuivre depuis la Falaise Samperre et dans le lit de la Rivière du Prêcheur dans les semaines mois et années à venir, sans qu'on ne puisse en connaître à l'avance l’importance. Le lit de la rivière est par conséquent dangereux en particulier par temps de pluie.

Ces glissements n’ont aucun lien avec un éventuel regain d’activité volcanique de la Montagne Pelée qui reste à un niveau de base normal (vert).

 

Pour en savoir plus:

FAQ

https://twitter.com/hashtag/AlertePrecheur?src=hash

VOLFILM Les lahars: les impacts https://vimeo.com/208105276

VOLFILM Les lahars: la menace https://vimeo.com/208104609