Reconstituer les paysages du passé pour comprendre les techniques de chasses des hommes primitifs | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Reconstituer les paysages du passé pour comprendre les techniques de chasses des hommes primitifs

En utilisant des techniques de modélisation des reliefs anciens, mises au point à l’Institut de physique du globe de Paris (CNRS , Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité), une équipe internationale a pu reconstituer les particularités topographiques du paysage qui ont permis aux premiers hominidés d’utiliser des techniques de chasse à l'affut dans le rift kenyan, il y a environ un million d'années. Cette étude est publiée dans  Nature Scientific Reports

 

Des études antérieures ont mis en évidence un grand nombre de haches de style Acheuléen au  site d’ Olorgesailie (Kenya). Ces outils en pierre sont associés depuis longtemps à la chasse et au dépeçage de gros gibiers et indiquent donc que le site était fréquenté par des hommes primitifs.

 

Vue oblique du rift sud kényan, centré sur le site d'hominidés Olorgesailie, montrant des failles et d'autres structures géologiques. La région est hétérogène avec des zones recouvertes d'une abondante végétation et d'autres avec une végétation plus clairsemée. © S. Kübler et al. Science Reports 2015

Ce site, dans le sud du rift, attirait de grands animaux tels que les hyènes tachetées, des éléphants et des babouins du fait de l'abondance d'eau fraiche venue d'un ancien lac, de la quantité d'aliments disponibles et de la faible présence de prédateurs dans la région. Cependant, à cause des particularités du paysage, les déplacements de ces animaux était restreint à quelques sentiers. Les tectoniciens et anthropologues de cette étude ont mis en évidence les chemins que les animaux empruntaient et que les premiers humains connaissaient pour mener à bien leurs embuscades.

 

 

Au Pléistocène, à cause de l'activité volcanique, des tremblements de terre et des changements climatiques, la région a changé significativement de paysage. Par modélisation, les chercheurs ont recréé le paysage comme il devait être lorsque le site était exploité et montrent comment les hommes primitifs de la région auraient pu l'utiliser à leur avantage.

 

 

a et b : à gauche la topographie actuelle avec les principales failles. A droite la reconstitution du relief au Peistocène avec les aires de pâturage et les sentiers de migration. c et d : Maillage du model reproduisant le relief actuel à gauche, le relief du Pleistocène à droite. © S. Kübler et al. Science Reports 2015

Les techniques de modélisation et d'interprétation du paysage utilisent des méthodes développées à l'IPGP dans l'équipe de Tectonique et mécanique de la lithosphère pour l'étude des tremblements de terre et des volcans. Grâce à la reconstruction de données topographiques et à l'examen des traces de nourritures dans le sol, les chercheurs ont reconstitué les mouvements d’animaux tels qu’’ils auraient pu exister il y a un million d'années.

 

Le paysage de la région d'Olorgesailie était à l’époque particulièrement adapté à la mise en place d'embuscades car les chemins empruntés par les animaux étaient visibles depuis des points de vue surélevés et que ces derniers n'avaient le choix qu'entre très peu de sentiers dans les environs.

 

Les scientifiques ont aussi mis en évidence que grâce au grand nombre de roches utilisables pour la fabrication des outils et à une source fiable d'eau potable, la région était idéale pour l'installation des humains primitifs.

 

Les chercheurs impliqués dans cette découverte espèrent que le site, et d'autres comme lui, seront sujets à de nouvelles études basées sur le paysage pour l'évaluation et l'interprétation des comportements ancestraux.

 

 

Note(s):

Pléistocène : 2,58 millions d'années à 11 700 ans avant l'actuel

 

Source(s):

Animal movements in the Kenya Rift and evidence for the earliest ambush hunting by hominins, Simon Kübler1, Peter Owenga2, Sally C. Reynolds3, Stephen M. Rucina4 & Geoffrey C. P. King5 - Scientific reports 15 septembre 2016
1-Department of Earth and Environmental Sciences, Ludwig-Maximilians-University Munich, Germany. 2-Kenyan National Agricultural Research Laboratory (KALRO-Kabete) Nairobi, Kenya. 3-Institute for Studies of Landscape and Human Evolution, Faculty of Science and Technology, Bournemouth University, Bournemouth, UK. 4-Department of Earth Sciences, National Museums of Kenya, Nairobi, Kenya. 5-Labo Tectonique, Institute de Physique du Globe de Paris, Paris, France.

 

Auteur(s):

INSU et IPGP

 

 

Date de publication : 
17 Décembre 2015