Séismes de Sumatra | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Séismes de Sumatra

M~7.6

Un mouvement de subduction s'exerce le long de l'île de Sumatra et fait passer la plaque indo-australienne sous la plaque continentale de la Sonde à la vitesse de 4 à 5 cm/an, soit 5 mètres en 100 ans. Sur les quelques dernières années, depuis le séisme géant du 26 décembre 2004 de magnitude largement supérieure à 9 (Mw 9.3 à 9.4), cette zone de subduction a rompu successivement en plusieurs segments, générant une séquence de séismes majeurs. On retiendra en particulier le séisme de Nias du 28 mars 2005 (Mw 8.6), prolongeant la rupture de 2004 immédiatement vers le sud, et le séisme de Bengkulu du 12 septembre 2007 (Mw 8.4), nettement plus au sud. Entre ces deux ruptures, la zone de subduction n’a pas rompu récemment et constitue donc une lacune sismique (ou “gap”), que l’on sait avoir été activée en 1797 par un événement de magnitude supérieure à 8.Localisation des séismes du 30/09 et 1/10 2009. Les zones de ruptures des grands événements de subduction, récents ou historiques, sont délimitées en différentes couleurs.

 

C’est au niveau de cette lacune que s’est produit le séisme du 30/9/2009 (10:16:09 GMT, magnitude M~7.6). Ce tremblement de terre est localisé à proximité de la ville de Padang, lieu de destructions importantes, sur la côte ouest de Sumatra. Contrairement aux séismes de 2004, 2005 et 2007, il ne s’agit pas d’un événement de subduction "classique" dû à une rupture chevauchante de l’interface entre les deux plaques entre ~40 km de profondeur et la surface (“megathrust earthquake”). Le rupture du 30/09 est relativement profonde (environ 80km de profondeur) et s'est probablement produite à l'intérieur de la plaque océanique plongeante. Ce type de séisme est souvent appelé « intra-slab ». La rupture n'est donc pas arrivée jusqu'à la surface, ce qui explique l'absence de tsunami, à l'opposé de ce qui s’est passé aux îles Samoa le 29 septembre.

 

Mais, pour la même raison, l’hypocentre était situé presque à la verticale de la côte de Sumatra et donc sous la ville de Padang, au lieu d'être loin au large. Ce type de séismes occasionne souvent des accélérations verticales très fortes, et donc des destructions importantes, juste au dessus de la rupture, malgré des magnitudes relativement modestes.

 

Au dessus et en avant de l’événement intraplaque du 30/09, le segment de subduction est toujours bloqué, c'est-à-dire prêt à rompre. Comme cela a été le cas pour le séisme de Nias (2005) juste au sud de la rupture de 2004, il se peut que le séisme du 30 septembre ait suffisamment modifié les contraintes à sa proximité pour accélérer l'occurrence future du séisme de subduction “classique” attendu au large de Padang dans la lacune sismique. Dans l'état de nos connaissance, il est par contre impossible de prédire avec quel délai pourrait se produire un tel événement

 

Moins d’un jour après le séisme du 30/09, Sumatra a été affectée par autre tremblement de terre, de magnitude nettement plus faible (M 6.6), localisé à terre à environ 200km au SE de Padang. Ce séisme, superficiel (10-15 km) et avec un mécanisme décrochant, est encore différent des séismes de subduction. Il s’est produit sur la grande faille de Sumatra, système de failles décrochant qui accommode une des composantes de la convergence oblique Australie-Sunda (l’autre composante étant absorbée en chevauchement par le plan de subduction). Il est actuellement impossible de dire si ce séisme a été déclenché directement par le séisme intraplaque de la veille ou s’il s’agit d’une coïncidence.

 

 

 

Localisation des séismes des Samoa (29/09) et de Padang (30/09).

Bien que séparés par moins de 24h, et tous deux localisés prés d’une des bordures de la plaque australienne, les séismes des Îles Samoa (29/09, M~8) et de Padang (30/09) sont trop éloignés pour que le second ait été déclenché par une modification statique des contraintes initiées par le premier événement. Il est probable que leur proximité dans le temps ne soit qu'une coïncidence et qu’il n’y ait aucun lien génétique simple.

L'existence d'évènements (la plupart de faible magnitude) déclenchés à grande distance par l'arrivée des ondes de surface d'un séisme lointain est documentée depuis peu. Ce phénomène, appelé déclenchement dynamique à distance ("remote dynamic triggering") se produit avant tout dans les quelques heures qui suivent le séisme déclencheur (les ondes de surface voyagent à la surface de la terre à quelques km par secondes). Le délai (environ 16h) entre les séismes des Samoa et de Sumatra semble trop long, sauf à envisager un mécanisme de déclenchement non encore élucidé.

 

LIENS :


GEOSCOPE : Séisme de Sumatra (Indonesie) 30 septembre 2009, Mag 7.6
GEOSCOPE : Séisme de Sumatra (Indonesie) 1er octobre 2009, Mag 6.6

CSEM : Mw 7.6 SOUTHERN SUMATRA, INDONESIA

INSU : Le séisme de Sumatra Padang du 30 septembre 2009
ENS : Page de l'ENS sur le séisme de Padang

 

Robin Lacassin - Equipe de Tectonique, Mécanique de la Lithosphère - IPGP - Octobre 2009.
Toutes les figures sont à créditer : Equipe de Tectonique, Institut de Physique du Globe de Paris - CNRS - Université Paris-Diderot.