Une frontière de plaque émerge entre l’Inde et l’Australie | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Une frontière de plaque émerge entre l’Inde et l’Australie

Des données bathymétriques et sismiques révèlent une nouvelle frontière de plaque dans une zone densément fracturée au nord de l’Océan Indien.


Les plaques tectoniques recouvrent le globe terrestre tel un patchwork. Aujourd’hui, une équipe de chercheurs pense avoir trouvé une nouvelle frontière de plaque au nord de l’Océan Indien. Selon eux, cette découverte, obtenue en utilisant des données bathymétriques et sismiques, renforce l’idée que la plaque Inde-Australie-Capricorne est en train de se disloquer.


Des séismes dans des lieux inattendus

Le regroupement de plusieurs séismes de magnitude supérieure à 6 au nord-est de la plaque Inde-Australie-Capricorne, proche de la zone de subduction de Sumatra, semble indiquer la présence de larges structures tectoniques actives. L’analyse morphologique des bassins en pull-apart situés le long de la zone de fracture F6a dans cette région montre une réactivation en faille décrochante sénestre depuis les deux derniers millions d’années. © Coudurier‐Curveur, A. et al.

En 2012, deux séismes majeurs se sont produits près de l’archipel indonésien. Mais sans toutefois que ces gigantesques tremblements de terre – de magnitude 8.6 et 8.2  – ne soient associés à la célèbre zone de subduction Sumatra- Andaman. Ils ont en réalité eu lieu au milieu de la plaque Inde-Australie-Capricorne, les rendant plutôt inhabituels étant donné que la plupart des séismes surviennent le long des frontières de plaques. 

 

Ces séismes ont « relancé le débat » sur la nature de la plaque Inde-Australie-Capricorne, indique Aurélie Coudurier-Curveur, chercheuse à l’Institut de physique du globe de Paris.

 

Certains scientifiques émettent l'hypothèse que cette plaque, qui constitue la majeure partie de l’Océan Indien, est en train de se briser. Ce phénomène n’est pas complètement inattendu compte tenu du tiraillement de cette dernière dans plusieurs directions, explique Aurélie Coudurier-Curveur. Son extrémité Est glisse sous la plaque de la Sonde, mais sa partie Nord bute contre l’Himalaya.

 

« Il y a une différence de vitesse qui pourrait augmenter » souligne la chercheuse, qui a travaillé sur ce sujet quand elle était en poste à l’Observatoire de la Terre de Singapour, à l’Université technologique de Nanyang.

 

Zoom sur les fractures

Aurélie Coudurier-Curveur et ses collègues ont étudié une région particulièrement fracturée de la plaque Inde-Australie-Capricorne, proche de la zone de subduction Sumatra-Andaman. Ils ont utilisé la sismique réflexion et la bathymétrie multifaisceaux, deux méthodes basées sur la mesure du temps de propagation d’ondes sonores rebondissant sur les sédiments des fonds-marins, pour identifier des structures sur et sous le plancher océanique compatibles avec une faille active.

 

Le long d’une fissure géante appelée F6a, l'équipe de scientifiques a ainsi trouvé 60 bassins "en pull-apart", des dépressions caractéristiques qui peuvent se former le long des grandes failles décrochantes. L’équipe a montré que les bassins suivaient une longue trajectoire linéaire passant à proximité des épicentres des deux séismes de 2012.

 

« La longueur est d’au moins 1 000 km, » précise Aurélie Coudurier-Curveur. « Elle pourrait même être plus longue, cependant nous ne disposons pas de données suffisantes pour montrer jusqu’où elle s’étend. » L’équipe a supposé que cette structure était représentative d’une limite de plaque. L’étape suivante a consisté à en estimer la vitesse de glissement.

 

Plus lente que San Andreas

Pour y arriver, les scientifiques se sont appuyés sur deux paramètres : la longueur du plus grand, et probablement du plus ancien, bassin en pull-apart (environ 5800 m) et la durée de la période d'activité la plus récente de la faille (environ 2.3 millions d’années). En divisant la longueur du bassin par cet intervalle de temps, ils ont calculé une vitesse de glissement maximale d’environ 2.5 millimètres par an. Celle-ci est à peu près 10 fois plus lente que celles d’autres limites de plaque décrochante telles que la faille de San Andreas, mais pas beaucoup plus lente que les vitesses de la faille de la Mer Morte ou de la Zone de Fracture d’Owen.

 

Sur la base de ce taux de glissement, les chercheurs ont estimé le temps de retour pour un séisme de même ampleur que le séisme de magnitude 8.6 enregistré en avril 2012. En supposant qu’un tel événement relâche plusieurs dizaines de mètres de glissement co-sismique, un séisme similaire pourrait survenir tous les 20 000 ans environ, indique Aurélie Coudurier-Curveur. « Une fois que les contraintes sont relâchées, il faut attendre un certain nombre d’années pour les accumuler à nouveau. »

 

Ces résultats ont été publiés en mars dans le journal Geophysical Research Letters.

 

Ces résultats sont convaincants, dit Kevin Kwong, un géophysicien de l’Université de Washington à Seattle, non impliqué dans cette étude. « Ce que nous observons dans cette zone au milieu de l’océan est très similaire à d’autres régions de frontières de plaques. »

 

Il est important de continuer à surveiller la sismicité de cette partie du fond marin, dit-il, car les tremblements de terre indiquent la localisation des frontières de plaques. Ce travail va nécessiter une nouvelle instrumentation, dit Kwong. « Nous n’avons pas de stations sismiques à proximité. »

 

En savoir plus :

Cet article a été écrit par la journaliste scientifique Katherine Kornei (@KatherineKornei) et publié le 18 mai 2020 par Eos : Kornei, K. (2020), A plate boundary emerges between India and Australia, Eos, 101, DOI: 10.1029/2020EO144177.
Traduit de l’anglais par Aurélie Coudurier-Curveur et Antoine Roux.

 

This article was originally published by Eos, a source for news and perspectives about Earth and space science: https://eos.org/articles/a-plate-boundary-emerges-between-india-and-australia

Date de publication : 
06 Juillet 2020