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Séisme en Haïti
mardi 12 janvier 2010




Nouveau (26 Janvier 2010) :
Evaluation préliminaire du séisme d'Haiti par l'équipe Tectonique IPGP (en anglais)
fichier PDF (4 Mo)




Contexte tectonique du séisme du 12 Janvier (frontière nord de la plaque Caraïbe). D'après Nathalie Feuillet, thèse, IPGP-Univ. Paris diderot, 2000.
Contexte tectonique du séisme du 12 Janvier (frontière nord de la plaque Caraïbe). D'après Nathalie Feuillet, thèse, IPGP-Univ. Paris diderot, 2000.
Schéma simplifié des plaques tectoniques et principales failles. P. Tapponnier and Liow Hong San, EOS-Singapour, after N. Feuillet, Thèse, 2000.
Schéma simplifié des plaques tectoniques et principales failles. P. Tapponnier and Liow Hong San, EOS-Singapour, after N. Feuillet, Thèse, 2000.

Le séisme d'Haïti du 12 janvier 2010 de magnitude ~7 [Mw 7.1 (CSEM), 7.2 (CEA), 7.0 (USGS)], s'est produit à 16h53 locales (17h53 heure des Antilles françaises, 21h53 TU) sur la frontière nord entre la plaque Caraïbe et la plaque Nord-Américaine. Cette frontière de plaques est dominée par un mouvement décrochant (déplacement des deux plaques parallèlement à leurs limites) avec un déplacement relatif d'environ 20 mm par an. Ce mouvement décrochant est sénestre, la plaque Caraïbe coulissant vers l'est par rapport à la plaque Nord Américaine.

Haïti occupe la partie ouest de l'île d'Hispaniola (ou Saint Domingue), île des Grandes Antilles située entre Porto Rico et Cuba. Au niveau de l’île d’Hispaniola le mouvement entre les deux plaques est partitionné sur plusieurs failles dont deux systèmes de failles décrochantes majeures : la faille septentrionale au nord d’Haïti et la faille Enriquillo Plantain-Garden au sud, qui absorbent chacune environ 7 mm/an de déplacement.

La localisation et le mécanisme au foyer du séisme du 12 janvier indiquent une rupture décrochante sénestre sur la faille d'Enriquillo (avec une composante chevauchante mineure). Cette faille, de direction E-W, se suit sur environ 300 km depuis le lac d'Enriquillo en République Dominicaine jusqu'à l'extrémité W de la presqu'ile de Tiburon, passant à moins de 20 km au sud de Port au Prince.

Lors du séisme, qui s’est produit proche de la surface (10-15 km de profondeur), la rupture a affecté un segment de cette faille d'environ 70 km de long, et le glissement cosismique a probablement été compris entre 1 et 2 m. Cette faille n'avait pas produit de séismes importants au cours de ces dernières dizaines d'années. Mais elle est probablement la source des séismes historiques de 1751 et 1770 qui, d'après les écrits d'époque de l'historien Moreau de Saint Méry, auraient tous deux détruits la ville de Port au Prince.

L’ampleur des dégâts est dû à plusieurs facteurs : la magnitude (M=7.0) relativement importante de ce séisme (donc l’énergie libérée) est combinée à la proximité de la zone densément peuplée de Port Au Prince (intensité VII à IX correspondant à des dégâts sévères) et à une grande vulnérabilité du bâti.

Depuis l'événement principal de magnitude 7, les réseaux sismologiques ont enregistré de nombreuses répliques, certaines approchant la magnitude 6. Ces répliques sont localisées sur, ou au voisinage de la section de faille qui a rompu. Leur nombre, et leur magnitude moyenne devrait diminuer progressivement dans les semaines à venir sans que l'on puisse exclure l'occurrence de répliques d'assez forte magnitude, donc susceptible de provoquer des dégâts.

Il faut aussi souligner que la faille d'Enriquillo a rompu sur moins d'un tiers de sa longueur. Les autres segments de cette faille, situés à l'E et à l'W de la rupture du 12/01, sont également susceptibles de rompre dans les décennies à venir, avec des séismes magnitudes égales ou un peu supérieures à 7.



Carte sismotectonique de la faille d'Enriquillo. Les données préliminaires disponibles suggèrent que la rupture du 12 Janvier s'est propagée depuis la zone épicentrale jusqu'aux environ de Petit Goâve. Les répliques (un cinquantaine M > 4 enregistrées sur 8 jours) forment deux essaims : voisinage de l'épicentre, terminaison de la rupture. La segmentation de la faille d'Enriquillo est schématisée par la présence de complexités structurale (pull-apart, push-up). La rupture du 12/01 s'est probablement arrêtée sur une de ces complexités. La forte réplique (M 5.9 à 6.1, cercle rouge) du 20 Janvier s'est produite dans cette zone de terminaison de rupture. Carte R. Lacassin.
Carte sismotectonique de la faille d'Enriquillo. Les données préliminaires disponibles suggèrent que la rupture du 12 Janvier s'est propagée depuis la zone épicentrale jusqu'aux environ de Petit Goâve. Les répliques (un cinquantaine M > 4 enregistrées sur 8 jours) forment deux essaims : voisinage de l'épicentre, terminaison de la rupture. La segmentation de la faille d'Enriquillo est schématisée par la présence de complexités structurale (pull-apart, push-up). La rupture du 12/01 s'est probablement arrêtée sur une de ces complexités. La forte réplique (M 5.9 à 6.1, cercle rouge) du 20 Janvier s'est produite dans cette zone de terminaison de rupture. Carte R. Lacassin.

Localisation possible de traces de rupture cosismique en surface au sud de Léogâne. Images Geoeye (accessibles via Google Earth) résolution submétrique. Carte Y. Klinger.
Localisation possible de traces de rupture cosismique en surface au sud de Léogâne. Images Geoeye (accessibles via Google Earth) résolution submétrique. Carte Y. Klinger.


Pour en savoir plus :

- Mann, P., F. W. Taylor, R. L. Edwards, and T.-L. Ku, Actively evolving microplate formation by oblique collision and sideways motion along strike-slip faults: An example from the northeastern Caribbean plate margin, Tectonophysics, 246, 1-69, 1995.
- Manaker et al., Interseismic plate coupling and strain partitioning in the northeastern Caribbean, Geophys. J. Int. (2008) 174, 889-903.
- Tabrez Ali et al., Coulomb stress in northeastern Caribbean over the past 250 years due to coseismic, postseismic and interseismic deformation, Geophys. J. Int. (2008) 174, 904-918.
- Feuillet et al., Arc parallel extension and localization of volcanic complexes in Guadeloupe, Lesser Antilles, J. Geophys. Res (2002), doi:10.1029/2001JB000308.
- Feuillet N., Sismotectonique des Petites Antilles. Liaison entre activité sismique et volcanique, thèse, Univ. Paris VII-Denis Diderot Univ., France, 2000.


- Evaluation préliminaire du séisme d'Haiti par l'équipe Tectonique IPGP (en anglais), fichier PDF (4 Mo)

- Communiqué de l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Guadeloupe - IPGP
- Communiqué de l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Martinique - IPGP

- Page GEOSCOPE de description du séisme

- Page du Centre Sismologique Euro-Méditerranéen (EMSC-CSEM)

- Page du CEA/DASE sur le séisme

- Page du BCSF (Strasbourg) et Rapport de l'EOST

- Première évaluation de la source sismique (Martin Vallée, GeoAzur, Univ. de Nice)

- Pages aléa sismique du Bureau des Mines et de l'Energie d'Haïti

- Pages de l'USGS sur le séisme du 12 Janvier (en anglais)

- Cellule d’Intervention et Expertise Scientifique et Technique (CIEST)

- Première évaluation de la rupture cosismique sur le terrain - R. Bilham



R. Lacassin, N. Feuillet, Y. Klinger, R. Armijo, JB. de Chabalier (équipe de tectonique, IPGP), V. Clouard (OVSM, IPGP), E. Mitard (Cell. communication, IPGP). Mis à jour le 26 Janvier 2010.

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