Observatoires volcanologiques et sismologiques
Adresse
1 rue Jussieu 75005 Paris
L’IPGP est en charge de la surveillance des quatre volcans actifs français situés dans les outre-mer, ainsi que de la sismicité régionale d’origine tectonique et des risques potentiels associés de formation de tsunamis, à travers ses Observatoires Volcanologiques et Sismologiques (OVS) :
- l’OVSG-IPGP est en charge de La Soufrière de Guadeloupe
- l’OVSM-IPGP est en charge de la montagne Pelée en Martinique
- l’OVPF-IPGP est en charge du Piton de la Fournaise à La Réunion
- le REVOSIMA (avec le BRGM, l’Ifremer et le CNRS) est un réseau national en charge du Fani Maoré, volcan sous-marin au large de Mayotte.
Leurs missions, menées dans le cadre du Service National d’Observation en Volcanologie (SNOV) de l’Institut national des sciences de l’Univers (Insu, CNRS Terre & Univers), en partenariat avec l’Observatoire de physique du globe de Clermont-Ferrand (OPGC) et le Laboratoire Magmas et Volcans (LMV) de l’Université Clermont Auvergne, sont multiples :
- observer et étudier les volcans actifs via la collecte de données de recherche pluridisciplinaires en sciences de la Terre, dans le but d’améliorer la compréhension et la modélisation des processus volcaniques ;
- surveiller et détecter tout changement dans la dynamique des systèmes volcaniques et de la tectonique régionale en temps-réel afin d’informer les autorités en charge de la protection civile et de la réduction des risques ;
- diffuser auprès de la société civile les connaissances scientifiques acquises afin de contribuer à l’information préventive.
Foire aux questions
La sismicité, les déformations du sol et la physico-chimie des gaz et des eaux font partie des principaux paramètres surveillés grâce à l’installation de plusieurs centaines de capteurs et instruments de mesure sur l’ensemble des massifs volcaniques.
Ainsi, les scientifiques suivent plusieurs paramètres clefs :
- l’activité sismique du volcan est mesurée grâce à un réseau de stations sismiques équipés de capteurs permettant d’enregistrer toute la gamme des fréquences et amplitudes des vibrations du sol générées par les séismes volcaniques ;
- la déformation du sol est mesurée par des instruments installés in situ (par exemple des stations GNSS – Global Navigation Satellite System, des extensomètres ou des inclinomètres) ou par des images radar satellitaires ;
- la structure interne du volcan et les variations de propriétés physiques en profondeur sont suivies par des méthodes d’imagerie géophysique comme la gravimétrie (mesure du champ de pesanteur), la magnéto-tellurique (mesure du champ électromagnétique), les méthodes électriques (mesure de la résistivité des roches ou de leur potentiel électrique spontané) ou la sismologie (mesure des vitesses de propagation des ondes sismiques), et par des méthodes d’analyse des roches magmatiques (pétrologie) ;
- l’activité fumerolienne et la composition des gaz émis sont contrôlées par des mesures de température et des prélèvements réalisés dans les bouches des fumerolles, par l’analyse directe (multigaz), distante (NOVAC) ou via satellite de la composition du panache de gaz, ou d’émission de gaz CO2 par le sol (mesures périodiques ou continues) ;
- l’activité hydrothermale et la composition des sources d’eaux thermales sont également surveillées par des mesures in situ (débit, température, pH, conductivité, potentiel redox, etc.) et des analyses chimiques réalisées dans les laboratoires (éléments majeurs, traces, isotopes, …) ;
- la température des massifs volcaniques français est aussi suivie grâce à la mise en place de sondes ou de caméras thermiques et à plus grande échelle par l’imagerie satellitaire ;
- enfin, des phénomènes de surface qui pourraient traduire une évolution de l’activité volcanique (végétation dégradée, éboulements, bulles de gaz en mer, ou autres anomalies naturelles).
Lorsqu’un volcan entre en éruption, d’autres paramètres importants sont surveillés tels que les variations du trémor éruptif (source sismique continue témoin indirect de la dynamique du flux de magma ou de gaz), le flux éruptif (quantité de matière produite par l’éruption par unité de temps), la nature, la composition chimique et les propriétés physico-chimiques des produits éruptifs, l’épaisseur et le volume des dépôts éruptifs, la hauteur atteinte dans l’atmosphère par les cendres, la distance et la vitesse des écoulements pyroclastiques et des coulées de lave, l’extension spatiale des dépôts éruptifs, des zones de fumerolles ou de fractures, la temporalité éruptive (durée et fréquence des phénomènes, vitesse de remontée du magma). Pour compléter toutes ces mesures quantitatives, l’analyse phénoménologique par observation visuelle directe ou indirecte (caméras, drone) reste fondamentale pour décrire l’activité volcanique de surface.
Pour les volcans effusifs comme le Piton de la Fournaise, on surveille également la vitesse et le parcours des coulées de lave par des mesures directes (observations de terrain, photos aériennes ou par drone) et par simulation numérique afin d’anticiper de potentiels impacts sur les infrastructures (route par exemple) ou habitations.
Il est actuellement complexe pour les scientifiques de suivre avec précision la progression du magma depuis ses zones de stockage en profondeur jusqu’à la surface. En effet, il n’est pas possible d’observer directement et « en temps réel » la dynamique des fluides magmatiques (à l’instar d’un film d’une coupe verticale sous le volcan). Celle-ci est estimée à partir de différentes observations pétrologiques, géochimiques et géophysiques (cf. question 1) réalisées sur quelques points de mesure en surface et pas forcément de manière continue dans le temps. Ces observations et leur modélisation peuvent traduire de manière indirecte la progression du magma mais peuvent aussi refléter d’autres phénomènes associés à la réactivation d’un volcan. Par exemple, certains événements sismiques profonds peuvent être interprétés comme une circulation de magma dans des fissures entre les différentes zones de stockage mais d’autres, souvent plus superficiels, peuvent être causés par la circulation de fluides hydrothermaux (eau, gaz) et/ou de la fracturation de l’édifice sans mise en jeu de magma. Ces signaux expriment une réactivation d’un système volcanique et, suivant le type d’observation et de volcan, peuvent apparaître aussi bien plusieurs années que parfois simplement quelques dizaines de minutes avant une éruption. À noter que la majorité des éruptions magmatiques — mais pas toutes — sont précédées de signaux sismiques particuliers, appelés trémors, causés par l’ascension rapide du magma dans la partie terminale du conduit. Mais ces signaux ne sont générés que durant les dernières minutes à heures avant l’éruption.
En complément, les mesures de déformation du sol permettent de détecter les variations de pression à l’intérieur de l’édifice si elles sont suffisamment marquées, et sont ainsi sensibles aux mouvements de fluides, à l’alimentation ou la vidange des réservoirs ou conduits, donnant accès indirectement à la localisation et aux variations de volume en profondeur. Ces observations sont souvent complexes à interpréter notamment dans les phases pré-éruptives, car elles dépendent fortement des modèles théoriques utilisés, souvent simplificateur de la réalité complexe des milieux volcaniques.
Il existe plusieurs travaux de recherche prometteurs qui visent à développer des méthodes d’imagerie à 4 dimensions (espace, temps, paramètre physique) de la structure interne, à partir de traitements et modélisations de mesures géophysiques de surface. Certaines sont à un stade suffisamment abouti pour être actuellement testées dans les observatoires. D’autres approches sont encore à un stade expérimental de la recherche et elles nécessitent, pour la plupart, des réseaux instrumentaux adaptés pour être intégrées de manière opérationnelle dans les systèmes de surveillance.
En complément d’informations, vous pouvez consulter le site de l’INSU
Il n’est pas possible de prévoir avec certitude quand, où et comment une éruption se produira, ni d’estimer de façon fiable son intensité ou sa durée. Les phénomènes éruptifs sont en effet l’aboutissement de processus complexes au sein d’un système naturel présentant un caractère fondamentalement instable et non linéaire et dont nous n’avons encore qu’une connaissance partielle. Les scientifiques parlent plutôt de capacité à anticiper une éruption, et non de prédiction ou de prévision, des termes jugés trop déterministes.
En effet, une remontée de magma profond s’accompagne, dans la majorité des cas, de signaux précurseurs clairement identifiables à plus ou moins long terme et pouvant aboutir à une éruption. Il s’agit de l’augmentation de la sismicité, de déformations du sol en surface, de l’émission de gaz soufrés à haute température ou du CO2, etc. Toutes ces observations traduisent une modification des conditions physiques dans le système volcanique qui est souvent la conséquence d’une remontée de fluides ou d’une augmentation de pression dans la « plomberie interne » du volcan. Ces signaux se produisent sur tous les types de volcans mais avec des temporalités et amplitudes très variées, en lien avec ces processus internes. Cependant, grâce aux progrès de la surveillance instrumentale, les éruptions magmatiques de certains volcans très souvent actifs (par exemple, le Piton de la Fournaise à La Réunion) peuvent être anticipées avec moins d’incertitude grâce aux signaux avant-coureurs (cf. question 1) observés et documentés sur des dizaines d’éruptions passées, et qui constituent une base de données fondamentale pour l’interprétation des signaux précurseurs observés quelques mois à quelques heures avant une nouvelle éruption. Sur les volcans moins actifs, pour lesquels il n’existe que peu, voire pas, d’éruption passée suivie de façon instrumentale, les incertitudes sont plus fortes et il faut souvent se tourner vers des volcans analogues pour interpréter les observations en termes de prévision.
D’autre part, il existe plusieurs exemples dans le monde d’éruptions phréatiques (non magmatiques) n’ayant pas été anticipées, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas été précédées de variations majeures détectables des paramètres de surveillance (sismicité, température des fumerolles, variation de composition chimique des gaz émis, déformations). Les signes précurseurs de ces éruptions phréatiques peuvent en effet être trop faibles, trop peu nombreux ou équivoques, et les réseaux de surveillance inadaptés (par exemple si les capteurs sont trop éloignés). Typiquement sur les volcans explosifs, les éruptions phréatiques mettent en jeu des volumes moins importants que les éruptions magmatiques, mais sont plus fréquentes et peuvent être soudaines. Les phénomènes associés peuvent ainsi s’avérer particulièrement dangereux à proximité. Par exemple, les éruptions de l’Ontake au Japon en 2014 et du Te Maari en Nouvelle-Zélande en 2012, n’ont pas été précédées de signaux significatifs malgré une surveillance permanente, et ont engendré des victimes. Compte-tenu de cette difficulté à anticiper de tels phénomènes à partir d’une surveillance instrumentale, il est généralement plus prudent de déterminer une zone d’exclusion autour de toute activité de surface (fumerolles à haute température ou forte acidité, fractures en ouverture, …).
Les éruptions phréatiques ne sont pas systématiquement suivies par une éruption magmatique, dont les signes précurseurs sont plus nombreux et plus marqués. En revanche, sur les volcans comme La Soufrière et la Montagne Pelée, toute éruption magmatique sera vraisemblablement précédée par une éruption phréatique.
En complément de cette surveillance instrumentale assurée par un observatoire volcanologique, la connaissance du passé éruptif d’un volcan permet d’évaluer la probabilité d’occurrence d’une éruption magmatique ou phréatique avec une incertitude associée et accroitre la connaissance de la géométrie et la dynamique passée du système magmatique alimentant le volcan.
En France, la collecte, l’archivage et la distribution des données liées à l’activité volcanologique est coordonnée par le Service National d’Observation en Volcanologie, qui regroupe les Observatoires volcanologiques et sismologiques (OVS ) de l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) ainsi que les actions et plateformes labélisées de l’Observatoire de Physique du Globe de Clermont-Ferrand (OPGC).
La surveillance opérationnelle des quatre volcans actifs en France est ainsi assurée par les OVS de l’IPGP et la structure nationale du Revosima pour Mayotte (opérée par l’IPGP en co-responsabilité avec le BRGM et en partenariat avec l’Ifremer et le CNRS) qui sont chargés dans le cadre de plans d’organisation de la réponse de sécurité civile (Plan Orsec) mis en place par les préfectures, de fournir des informations quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles sur l’activité volcanique aux autorités responsables de la protection civile et de la réduction des risques.
Chaque volcan actif français est ainsi associé à un observatoire volcanologique et sismologique (IPGP) ou à une structure nationale (Revosima), qui gère des réseaux d’instruments permanents transmettant des données scientifiques en temps réel, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ces observations sont complétées par de nombreuses campagnes régulières de mesures et d’échantillonnages ponctuels, ainsi que par des études multidisciplinaires. L’ensemble des données recueillies et analysées permet d’établir un niveau de base d’activité du volcan et de détecter tout changement de comportement susceptible de mener à une éruption. C’est la mission d’alerte scientifique des observatoires volcanologiques et sismologiques et du Revosima. À ce titre, ils sont aussi chargés de diffuser une information régulière à toutes les parties prenantes et à la population sur les phénomènes observés.
Les autorités sont responsables d’élaborer des plans Orsec afin de préparer les services de l’État à la gestion de crise, ce qui inclut notamment l’évacuation des populations. Les observatoires volcanologiques et sismologiques ne sont pas impliqués dans la décision d’évacuation elle-même qui relève de la responsabilité du préfet, ni dans l’implémentation des évacuations, des mises en sécurité des populations ou des mesures de préventions. En revanche, ils contribuent à produire, en collaboration avec le SNOV et d’autres acteurs nationaux comme le BRGM, les données scientifiques qui éclairent les autorités en termes de réponse de sécurité civile. Il s’agit notamment de cartes d’aléas permettant de décrire les impacts potentiels associés à chaque type de phénomène : épaisseur de dépôts comme les cendres volcaniques, avalanches de débris, coulées pyroclastiques, etc.
Mais il faut garder à l’esprit que la gestion du risque volcanique ne se limite pas à la stratégie d’évacuation préventive et temporaire des populations directement concernées par les phénomènes les plus dangereux. Les autorités devront aussi gérer les nuisances et les perturbations sociétales causées par l’activité volcanique dans les zones non évacuées mais aussi impactées par des aléas volcaniques, et parfois sur des durées de plusieurs dizaines d’années.
Actuellement, dans le système français, les niveaux d’activité volcanique et de vigilance/pré-alerte/alerte volcanique utilisent globalement une même échelle à cinq niveaux avec de légères variations en fonction du volcan considéré :
- pour le Piton de la Fournaise : Pas d’Alerte, Vigilance, Alerte 1, Alerte 2 (incluant 2-1, 2-2, 2-3 en fonction de la localisation de l’éruption et du risque pour les biens et la population), et Sauvegarde (post-éruption) ;
- pour la Soufrière de Guadeloupe et la Montagne Pelée, quatre niveaux associés à une couleur : Pas d’alerte (vert), Vigilance (jaune), Pré-alerte (orange) et Alerte (rouge) ;
- pour Mayotte, le plan Orsec est en cours de rédaction.
Le niveau d’activité volcanique synthétise la nature et la variation de différents observables scientifiques par rapport à leur niveau de base. Par exemple, un passage du niveau jaune vers le niveau orange aux Antilles correspond à une forte augmentation d’un ou de plusieurs signes précurseurs d’une éruption possible (sismicité d’origine volcanique ressentie, anomalie importante de composition des gaz, forte augmentation de la température des sources ou des gaz, fortes déformations du sol, etc.).
Le niveau d’alerte volcanique est en lien avec le niveau d’activité volcanique mais il est défini par les autorités pour identifier les actions qui sont à engager par les différents services de l’état impliqués dans la gestion d’une crise d’origine volcanique en termes de réponse de sécurité civile (cf. question 4). Suivant le niveau, il peut s’agir de réaliser des actions au long cours (sensibilisation, révision des plans, exercices, etc.), d’interdire l’accès à certaines zones du volcan ou de décider d’évacuer une partie de la population. Les actions à engager par chaque organisme et service de l’État pour chaque niveau de vigilance/pré-alerte/alerte sont définies dans le plan Orsec volcan de chaque région où ce risque existe, sous la responsabilité de la préfecture concernée. Les plans Orsec « volcan » sont disponibles en ligne : Martinique, Guadeloupe et Réunion.
La décision de changement du niveau d’alerte volcanique est de la responsabilité du préfet qui consulte au préalable les scientifiques responsables de l’alerte montante concernant l’activité volcanique, son évolution, les scénarios (éruptifs ou non-éruptifs) et leurs aléas associés.
Il n’est pas possible d’indiquer une valeur fiable du délai qui nous sépare de la prochaine éruption d’un volcan. Une éruption volcanique est intrinsèquement un phénomène complexe, non linéaire et souvent unique. Les dynamiques éruptives, le type d’éruption, et donc les éventuels signaux précurseurs, ne sont pas identiques d’une éruption à l’autre y compris pour un même volcan. Néanmoins, la majorité des éruptions magmatiques, et une partie des éruptions phréatiques, sont précédées de phénomènes qui peuvent être détectés par les différents systèmes d’observation mise en place et opérés par les observatoires volcanologiques et sismologiques (voir questions 1 et 3). Sur la base des nombreux travaux réalisées par les chercheurs de par le monde lors de précédentes éruptions, il est possible de donner un ordre de grandeur indicatif du délai entre l’apparition de signaux précurseurs et une éruption pour un type de volcan donné. Ces délais sont mentionnés pour chacun des niveaux d’activité et d’alerte volcanique des plans Orsec des volcans français.
Ainsi, concernant La Soufrière de Guadeloupe et la Montagne Pelée, le niveau Vigilance (jaune) correspond à un délai de l’ordre de quelques mois à quelques années avant une éventuelle éruption, le niveau Pré-alerte (orange) un délai de quelques semaines à quelques mois et le niveau Alerte (rouge) un délai de quelques heures à quelques jours. Néanmoins, le passage d’un niveau au niveau supérieur, par exemple du niveau de base (vert) à Vigilance (jaune), traduit surtout que des observations ont changé et que l’activité observée est au-dessus de son niveau de base normal ; cela ne signifie pas forcément qu’une éruption se produira et à quelle échéance. Ainsi à La Soufrière de Guadeloupe, le niveau Vigilance (jaune) a été déclaré en 1999 et est toujours d’actualité en 2026, en raison du maintien de nombreux observables bien au-dessus de leur niveau de base (sismicité, déformations et gaz toxiques émis au sommet du volcan). À la Montagne Pelée, c’est en 2020 que le niveau Vigilance (jaune) a été déclaré, en raison cette fois de l’augmentation d’activité interne (sismicité) et de premiers phénomènes de surface.
Au Piton de la Fournaise, dans un contexte volcanique très différent (point chaud), les délais habituels entre le passage du niveau Vigilance à Alerte 1 (voir question 5) varient de quelques semaines à quelques mois. Pour le passage du niveau Alerte 1 à Alerte 2, les délais varient de quelques minutes à quelques heures, ou parfois le niveau est redescendu à Alerte 1 puis Vigilance si l’activité redescend à un niveau de base (cas des éruptions avortées ou « intrusions »).
Sous un volcan actif, c’est-à-dire qui a eu de l’activité éruptive dans les derniers 10 000 ans, le magma provient des régions partiellement fondues du manteau terrestre à plusieurs dizaines de km de profondeur. L’extraction des liquides silicatés à l’origine des magmas s’effectue sur des échelles de temps de l’ordre de quelques milliers à centaines de milliers d’années. En revanche, les fluctuations de régime de ce phénomène lent et profond peuvent conduire à des déstabilisations rapides, de quelques jours à quelques années, des magmas accumulés dans les zones de stockage dans la croûte à quelques kilomètres sous la surface. Des études pétrologiques récentes montrent que lors de certaines éruptions passées de La Soufrière de Guadeloupe, il aurait parfois suffi de seulement 19 jours pour déstabiliser les zones de stockage après l’injection de magma mantellique basaltique. Une fois déstabilisés, les magmas peuvent remonter rapidement (vitesse d’ascension de 1 cm/s à 10 m/s sur les derniers 20 km) vers la surface qu’ils peuvent donc atteindre en quelques heures à dizaines de minutes.
Enfin, il est important d’insister sur le caractère indicatif des délais indiqués par les niveaux d’activité. Ainsi, lors de la dernière éruption de la Soufrière de Saint-Vincent (2020-2021), le niveau d’alerte est passé directement du niveau vert à orange moins de quatre mois avant la phase explosive paroxysmale de l’éruption. Au Piton de la Fournaise, certaines éruptions ont pris de cours les scientifiques avec l’absence de précurseurs à long-terme et un passage direct à l’Alerte de niveau 1 (éruption imminente), par exemple lors de l’éruption de septembre 2016. Enfin, sur des volcans très actifs, il est même difficile de faire la distinction entre les signes pré- et post-éruptifs, la réalimentation des réservoirs magmatiques pouvant débuter avant la fin de l’éruption précédente.
Il est primordial et pragmatique d’étudier le comportement passé des volcans pour mieux anticiper leur potentiel comportement futur. Chaque volcan possède sa propre histoire, avec sa propre chronologie éruptive. Les scientifiques cherchent à mieux comprendre cette histoire afin d’identifier les différents types d’éruptions possibles, déterminer les conséquences potentielles d’une éruption et l’extension des zones affectées. Cette analyse détaillée de l’histoire éruptive d’un volcan permet d’établir une statistique des phénomènes passés, qui sera d’autant plus fiable que l’historique est long et complet. Cette empreinte digitale du volcan va permettre de calculer une probabilité d’occurrence pour chaque type d’éruption dans une période de temps donnée, et créer des cartes des zones de danger (qu’on appelle des aléas), servant de base à l’information préventive, voire à l’aménagement des territoires. Ces statistiques peuvent également être utilisées dans des arbres décisionnels comportant tous les scénarios éruptifs possibles, chacun associé à une probabilité.
Malgré une connaissance toujours plus approfondie des processus volcaniques, il reste de nombreuses incertitudes sur les scénarios possibles et l’interprétation des données. Lorsque les signaux observés sont ambigus et difficile à interpréter de façon non-équivoque, la confrontation des experts peut amener des situations où le message transmis aux autorités comporte trop d’hypothèses et de scénarios possibles, voire créer une controverse comme ce fut le cas en 1976 à La Soufrière de Guadeloupe. Aujourd’hui, ces incertitudes peuvent être intégrées et pondérées grâce à des méthodes statistiques dites de jugement des experts. Utilisées depuis 30 ans pour la gestion de crise dans certaines zones, comme à Montserrat, ces méthodes permettent de synthétiser et de structurer l’avis d’un groupe d’experts pluridisciplinaires et aux expériences variées, de manière probabiliste, c’est-à-dire en intégrant les incertitudes de ses différents membres sur les connaissances et le fonctionnement des systèmes volcaniques afin de les présenter aux autorités de manière moins binaire et arbitraire.
Une éruption volcanique est, au premier ordre, un phénomène relié à la dynamique interne de la Terre et permettant l’évacuation d’une partie de la chaleur primitive générée par des réactions radioactives dans le manteau et la croûte terrestre. Néanmoins, des travaux scientifiques tendent à montrer que des phénomènes externes peuvent légèrement moduler la dynamique des systèmes hydrothermaux et magmatiques et donc influer sur le délai avant une prochaine éruption, surtout pour des systèmes dans un état de maturité déjà bien avancé. Ces « forçages » externes peuvent correspondre à des variations fortes de la pluviométrie, la fonte de glaciers sommitaux ou même les cycles de marées terrestres. Ces phénomènes modifient les contraintes (les « forces ») et/ou la résistance des roches hôtes, principalement dans la partie superficielle des édifices volcaniques, ce qui peut faciliter, ou à l’inverse empêcher, la circulation des fluides hydrothermaux et peut-être magmatiques.
En phase éruptive, de tels phénomènes externes peuvent moduler différents aléas volcaniques. Au Merapi en Indonésie, l’occurrence de coulées pyroclastiques liées à l’existence d’un dôme de lave très actif au sommet du volcan, est fortement modulée par les pluies tropicales intenses. L’infiltration de grande quantité d’eau dans l’amas de lave chaude et instable, peut en effet déclencher des éboulements à l’origine de ces « nuées ardentes » qui dévalent ensuite les pentes sur plusieurs kilomètres.
Les séismes, qui sont des phénomènes internes, brutaux et très énergétiques, peuvent également, dans certains cas spécifiques, moduler l’activité volcanique, en particulier lors de séismes de très forte magnitude se produisant dans l’environnement proche de volcans. Ainsi différentes études ont montré que les séismes de Banda-Aceh en Indonésie en 2004, de Tohoku au Japon en 2011 ou du Kamtchatka en Russie en 2025, avaient chacun précédé une réactivation de quelques volcans actifs des régions environnantes.
Dans les zones où l’activité sismique et volcanique se mêlent, notamment aux Antilles, les interactions et liens de causalité entre les différents phénomènes sont des sujets de recherche fondamentale qui posent encore beaucoup de questions. Les observatoires sont ainsi très vigilants après un fort séisme pour surveiller un possible changement d’activité volcanique. Après le séisme des Saintes en 2004, l’observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe a renforcé sa surveillance de la Soufrière.
La communication sur les observations effectuées et le niveau d’activité des volcans français est l’une des missions fondamentales des observatoires volcanologiques et sismologiques (OVS) de l’IPGP. Chaque OVS est en lien direct et continu avec les autorités, et en particulier les services des préfectures, et leur transmet régulièrement l’ensemble de ses observations et interprétations. Celles-ci permettent notamment aux préfets de décider d’une modification du niveau d’alerte volcanique des plans Orsec volcan régionaux.
Chaque OVS produit également des bulletins d’information et rapports synthétisant les observations effectuées de manière périodique, mensuelle et annuelle. Suivant le niveau d’activité, des bilans détaillés hebdomadaires voire quotidiens peuvent également être diffusés. L’ensemble de ces bulletins sont accessibles à tous dans la section des OVS sur le site web de l’IPGP. Ils sont également relayés sur les réseaux sociaux de chaque OVS, tout comme les bulletins exceptionnels informant d’un changement d’activité volcanique majeur ou de la survenue d’un séisme ressenti.
Enfin, les OVS ont la responsabilité, en cas de changement de niveau d’activité volcanique susceptible de générer des cendres dans l’atmosphère, d’alerter très rapidement sous forme de messages VONA les centres de veille « cendre volcaniques » (VAAC) définis par l’organisation internationale de l’aviation civile (OACI) dans le cadre d’une convention entre l’IPGP et le ministère chargé de la transition écologique.
La volcanologie est une branche thématique des géosciences qui implique de nombreuses disciplines scientifiques. Le terme « volcanologue » est souvent associé à des chercheur·e·s (ou enseignants-chercheur·e·s) qui étudient l’objet volcan. Ils·elles ont, pour la plupart, suivi une formation universitaire poussée en géosciences et ont réalisé une thèse de doctorat où ils·elles ont développé une forte expertise sur un sujet de recherche en volcanologie, et sur une ou plusieurs approches techniques, méthodologiques, analytiques spécifiques à l’étude de système volcaniques. D’autres ont rejoint la volcanologie après des études poussées en sciences fondamentales ou appliquées (mathématiques, physique, chimie, ingénierie) à l’université ou dans des écoles d’ingénieur.
Après des parcours parfois très différents, impliquant souvent des expériences post-doctorales à l’étranger, les apprentis volcanologues ont réussi un concours leur permettant d’intégrer un organisme de recherche : en France, il peut s’agir par exemple du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du Corps national des astronomes et physiciens (CNAP), d’un poste d’enseignant-chercheur dans une université rattachée à un observatoire des sciences de l’univers (OSU), ou d’un établissement public à caractère industriel et commercial comme le BRGM, l’IGN ou l’Ifremer. Dans ces laboratoires ou observatoires, ces chercheurs et enseignants-chercheurs poursuivent des travaux de recherche fondamentale en volcanologie et effectuent, pour certains, des tâches d’observatoire visant à collecter des données scientifiques utiles à la surveillance des volcans et à la recherche.
Mais les observatoires et les laboratoires en volcanologie fonctionnent également grâce à un ensemble de personnes ayant des compétences et des formations différentes et très variées. Il s’agit à la fois de spécialistes en électronique, en instrumentation scientifique, en chimie, en informatique, en ingénierie des données, en gestion financière, en communication, … qui ont suivi des études dans ces domaines à des niveaux divers allant du Bac au BTS, BUT, Licence, Master ou école d’ingénieur. Ils·elles sont une partie intégrante et fondamentale de ces observatoires et laboratoires, et développent parfois au cours de leur carrière une expertise poussée sur un ou plusieurs volets de la volcanologie tout comme une expérience de gestion scientifique de l’activité volcanique, y compris, en cas d’éruption.