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Les signatures géochimiques d’objets archéologiques comme traceurs des peuplements polynésiens

En utilisant les signatures isotopiques d’artéfacts archéologiques polynésiens, une équipe interdisciplinaire notamment composée d’archéologues et de géochimistes du CNRS, de l’IPGP et d’Université Paris Cité, éclaire le peuplement historique des îles polynésiennes les plus occidentales.

Les signatures géochimiques d’objets archéologiques comme traceurs des peuplements polynésiens

Interactions longue distance impliquant des populations polynésiennes dans le Pacifique sud-ouest au cours du dernier millénaire, comme le montrent les études géochimiques sur les sources d'approvisionnement. © Hermann and al.

Date de publication : 24/04/2023

Presse, Recherche

Les peuples polynésiens sont connus pour s’être établis sur des territoires de plus en plus isolés au sein de l’océan Pacifique, depuis les Samoa et Tonga dans le Pacifique central jusqu’à l’Ile de Pâques (Rapa Nui) à l’Est, Hawai’i au nord, et la Nouvelle-Zélande (Aotearoa) au sud. Mais si les migrations de ces populations vers l’est sont bien connues, les peuplements polynésiens à l’ouest du 180e méridien restent très largement méconnus.

Afin de mieux comprendre les liens entre ces polynésiens de l’ouest du Pacifique et les autres sociétés océaniennes, une équipe multidisciplinaire a mené une étude géochimique complète d’artefacts archéologiques en pierre provenant de plusieurs îles dans les archipels des Vanuatu, des Salomon et des Caroline, collectés lors de plusieurs expéditions archéologiques depuis les années 1970.

Les artefacts sont des herminettes (voir figure), objets tranchants ayant la forme des binettes actuelles et qui servaient à creuser le bois. Ces échantillons ont été analysés pour leurs compositions chimiques et isotopiques (Sr, Nd et Pb) de façon à pouvoir tracer leur origine géologique. En effet, les roches volcaniques qui les constituent peuvent avoir été excavées dans l’une des multiples carrières connues sur les différentes îles environnantes (Polynésie, Micronésie, etc.) mais en comparant la signature géochimique et isotopique de chacun de ces artefacts avec celles des roches des différents archipels de la région, il est possible d’identifier de façon unique leur origine géologique (voir figure).

 

Photos de certaines des herminettes étudiées et diagramme montrant comment la composition isotopique du plomb de neuf des échantillons étudiés correspond à celles des roches volcaniques connues sur les îles des différents archipels de Polynésie (Hawaii, Marquises, Société, Australes et Samoa) et des Carolines. Six des herminettes proviennent de la même île de l’archipel des Samoa (Tutuila) alors que trois proviennent des Carolines. © Hermann and al.

Cette étude, menée par des chercheurs CNRS de l’UMR 8068 Temps et de l’Institut de physique du globe de Paris (Université Paris Cité, IPGP, CNRS) montre ainsi sans ambiguïté l’existence de multiples échanges entre les polynésiens de l’ouest avec l’aire culturelle polynésienne principale d’un côté et avec les sociétés océaniennes non-polynésiennes de l’autre.
L’étude montre notamment que la plupart des lames d’herminette polynésiennes ont une provenance commune et clairement identifiée à plus de 2500 km, dans une carrière des îles Samoa. Par ailleurs, les échanges identifiés entre différentes îles éloignées laissent penser que les navigateurs polynésiens ont joué un rôle important dans la diffusion de certaines pratiques culturelles et techniques à l’ensemble des sociétés insulaires du Pacifique occidental au cours du dernier millénaire.

Bibliographie :

> Aymeric Hermann et al.,Artifact geochemistry demonstrates long-distance voyaging in the Polynesian Outliers.Sci. Adv.9, eadf4487(2023).
DOI:10.1126/sciadv.adf4487

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