Séisme de l'Aquila | INSTITUT DE PHYSIQUE DU GLOBE DE PARIS

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  Séisme de l'Aquila

Ml 5.8 - Mw 6.2 à 6.3

Séisme de l'Aquila (Abruzzes- Italie) du 6 Avril 2009

Un tremblement de terre de magnitude Ml 5.8 (source INGV) - Mw 6.2 à 6.3 (sources CSEM, USGS, GEOSCOPE) est survenu dans la nuit du 5 au 6 Avril 2009 dans la région des Abruzzes à une centaine de km au NE de Rome. L'épicentre du séisme est localisé à proximité de la ville de l'Aquila. Les mécanismes au foyer (sources CSEM, USGS, GEOSCOPE) montrent un jeu en extension sur une faille de direction NW-SE. En l'attente de données précises telles que des observations de ruptures sur le terrain, nous retenons comme source possible la faille normale limitant au nord le bassin de l'Aquila et plongeant vers le SW sous ce bassin. Le foyer ou hypocentre du séisme est situé à une profondeur assez faible (<10km) sur le plan de faille. L'épicentre, placé à environ 5 km de la trace de faille en surface, est la projection en surface à la verticale de l'hypocentre.

 

 

 

 

 

 

 

Enregistrement du séisme du 6 Avril à la station Geoscope SSB (Saint Sauveur Badole - Loire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Localisation du séisme du 6 Avril 2009 (carte des failles actives du centre et sud de l'Apennin, d'après Piccardi et al. 1999)

 

 

 

 

 

Les réseaux sismologiques ont enregistré un nombre important de répliques depuis le choc principal, certaines dépassant la magnitude 4. Si l'évolution de la sismicité suit une loi normale, le nombre et la magnitude de ces répliques devrait décroître régulièrement au cours du temps. Mais on sait que l'histoire sismique de l'Apennin est caractérisée par des séquences sismiques. C'est par exemple, dans la région des Abruzzes, la séquence de 3 séismes de Janvier-Février 1703. Il n'est donc pas exclu que le séisme du 6/04/09 puisse provoquer en cascade la rupture de failles voisines et de nouveaux séismes de magnitude également proches ou supérieures à 6.

 

 

 

Epicentres du choc principal, des premières répliques et des précurseurs. En rouge : trace de la faille susceptible d'avoir rompu lors du séisme. Cette hypothèse de rupture demandera à être confirmée ou infirmée par des observations à venir.

 

 

 

Plusieurs séismes de faible magnitude ont été localisés sous le bassin de l'Aquila dans la semaine qui a précédé, dont un l'événement de magnitude 4 cinq heures avant le choc principal. Il s'agit probablement de séismes précurseurs du tremblement de terre majeur.

 

Toute la partie centrale et sud de l'Apennin est affectée par de nombreuses failles normales, source de séismes destructeurs fréquents dans le passé, comme en 1915 dans la région du Fucino, à quelques dizaines de km au SE de l'Aquila. Le contexte général de cette déformation est la zone de convergence de plaques Afrique-Europe qui affecte tout le domaine méditerranéen, avec une vitesse de rapprochement de plusieurs mm/an entre les deux plaques. L'Italie et l'Adriatique, situées au sein de cette zone, accommodent de façon relativement complexe une partie de cette convergence, produisant ainsi des déformations en extension (failles normales) dans un contexte globalement en raccourcissement.

 

 

Mises à jour le 9 Avril et le 14 Avril 2009

L'activité en terme de répliques continue à un rythme soutenu. Plusieurs répliques ont atteint ou dépassé Mw 5, dont une, destructrice de magnitude Mw 5.6 au SE de l'Aquila. La carte ci-jointe donne la localisation des principales répliques dans les trois jours qui ont suivi le choc principal (localisations CSEM; voir également la page de l'INGV dédiée à la séquence sismique en cours). L'essaim de sismicité situé une quinzaine de km au N de l'Aquila au voisinage du lac de Campotosto, comprend plusieurs événements de magnitude voisine de 5 et correspond probablement à l'activation d'un système de failles distinct de celui de l'Aquila.

D'après le CSEM, la distribution en coupe après relocalisation des plus grosses répliques pourrait suggérer une rupture du séisme du 6 Avril sur une faille à pendage NE. Deux systèmes de failles sont donc a priori potentiellement "candidats" comme source du séisme : la faille normale limitant au nord le bassin de l'Aquila et plongeant vers le SW sous ce bassin (en rouge et orange sur les cartes ci-dessous), des failles (tracées en jaune) situées à l'ouest et sud-ouest de l'Aquila et plongeant vers le NE. Les analyses à venir des données sismologiques et géodésiques, ainsi que les observations de terrain, permettront de préciser et discriminer entre ces hypothèses.

 

 

 

 

 

 

Principales répliques dans les 3 jours postérieurs au choc principal. Les failles potentiellement responsables du séisme du 6 Avril sont figurées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sismicité dans les 10 jours précédant le choc principal du 6 Avril.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le séisme du 6 Avril et les séismes les plus destructeurs d'Italie d'après le Catalogue de la sismicité historique Italienne.

 

 

 

 

 

 

Piccardi L, Gaudemer Y, Tapponnier P, Boccaletti M, Active oblique extension in the central Apennines (Italy): evidence from the Fucino region, GEOPHYSICAL JOURNAL INTERNATIONAL, 139, 499-530, 1999.

Palumbo L, Benedetti L, Bourles D, Cinque A, Finkel R, Slip history of the Magnola fault (Apennines, Central Italy) from Cl-36 surface exposure dating: evidence for strong earthquakes over the Holocene, EPSL, 225, 163-176, 2004.

 

LIENS :

GEOSCOPE IPGP - 2009/04/06 mag=6.3 Central Italy
INGV - La sequenza sismica dell'Aquilano - Aprile 2009
CSEM - Mw 6.3 Central Italy on April 06th
CEA-DASE - Séisme du 6 avril 2009, région des Abruzzes (Italie Centrale)
GeoAzur Univ. de Nice - Aquila earthquake source time functions

USGS Magniture 6.3 - Central Italy

Décryptage: peut-on prévoir un séisme? par Azar Khalatbari et Cécile Dumas - Sciences et Avenir.
Retour sur le séisme de l'Aquila par Sylvestre Huet - Libération

EN SAVOIR PLUS :

Catalogue de la sismicité historique de l'Italie

 


Robin Lacassin - Equipe de Tectonique, Mécanique de la Lithosphère - IPGP - Avril 2009.
Toutes les figures sont à créditer : Equipe de Tectonique, Institut de Physique du Globe de Paris - CNRS - Université Paris 7.