Remonter aux mécanismes grâce à une approche multidisciplinaire
Les travaux actuellement menés à l’IPGP visent à reconstituer la dynamique de l’événement du Népal–Tibet, depuis la rupture initiale jusqu’aux phases d’avalanche et de crue.
La télédétection permet de localiser la zone source, de cartographier les changements de surface et de contraindre la trajectoire ainsi que l’extension des dépôts. Un modèle numérique de terrain à haute résolution dérivé d’images Pléiades fournit la topographie nécessaire pour simuler la propagation dans la vallée.
En parallèle, les signaux de longue période enregistrés par plusieurs stations sismologiques renseignent sur la chronologie de l’événement. L’inversion de ces données doit permettre de reconstruire les forces exercées par la masse en mouvement sur le sol et, ainsi, de suivre ses phases d’accélération, de changement de direction et de ralentissement.
Ces observations sont confrontées à des simulations réalisées avec le modèle numérique SHALTOP. Plusieurs scénarios sont testés afin d’évaluer :
- la localisation et la géométrie de la rupture initiale ;
- le volume mobilisé à la source ;
- la quantité de matériaux érodés et entraînés dans la vallée ;
- le rôle de la glace et de l’eau dans la mobilité de l’écoulement ;
- le moment de la transition entre effondrement, avalanche, écoulement chargé en débris et crue ;
- la capacité des simulations à reproduire simultanément la distance parcourue et la chronologie des signaux sismiques.
La vidéo associée présente une première simulation réalisée sur le modèle numérique de terrain Pléiades, mise en regard des mouvements verticaux du sol enregistrés à trois stations et de leur contenu temps-fréquence.
Ces résultats sont encore préliminaires : ils ne constituent ni une reconstruction validée ni un travail publié. Leur objectif est de comparer progressivement les scénarios possibles et de déterminer lesquels sont compatibles avec l’ensemble des observations disponibles.
De Blatten à l’Himalaya
Cette démarche prolonge les travaux récemment menés sur l’avalanche roche-glace de Blatten, survenue en Suisse en mai 2025. Pour cet événement, la confrontation entre les dépôts, les forces déduites des données sismiques et les simulations numériques a montré qu’une forte diminution de la friction effective était nécessaire pour expliquer la mobilité observée.
L’événement du Népal-Tibet est différent par son ampleur, sa géométrie et sa transformation en crue. Il soulève néanmoins des questions communes : comment la glace et l’eau modifient-elles la mobilité d’une masse en mouvement ? Quel rôle l’érosion de la vallée joue-t-elle dans son amplification ? Comment distinguer, dans les signaux sismiques, les différentes étapes d’une cascade d’aléas ?
Répondre à ces questions doit permettre de mieux comprendre ces événements complexes et, à terme, d’identifier les observations les plus utiles à leur surveillance et à leur anticipation.
Pour aller plus loin
Kang, J. et al. (2026), Frictional weakening in the highly mobile 2025 Blatten rock and ice avalanche in Switzerland, Communications Earth & Environment.
https://doi.org/10.1038/s43247-026-03983-1
Jacquemart, M. et al. (2024), Detecting the impact of climate change on alpine mass movements in observational records from the European Alps, Earth-Science Reviews.
https://doi.org/10.1016/j.earscirev.2024.104886