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MAJIS à bord de JUICE : un instrument clé pour explorer les lunes glacées de Jupiter

Impliqué dans la préparation et la validation de l’instrument MAJIS, l’institut de physique du globe de Paris contribue aux performances scientifiques de la mission JUICE, dédiée à l’exploration du système jovien et de ses lunes glacées.

MAJIS à bord de JUICE : un instrument clé pour explorer les lunes glacées de Jupiter

"Mission Juice" © VR2Planets, 2023

Date de publication : 13/04/2026

Recherche

Le spectro-imageur visible et infrarouge MAJIS, dont lIAS (France) assure la responsabilité scientifique et technique en tant que Principal Investigator (PI), avec lIAPS (Italie) comme co-PI, est lun des instruments centraux de JUICE. Il permettra de répondre à un grand nombre dobjectifs scientifiques de la mission : caractérisation de la composition des surfaces, étude de lactivité géologique et cryovolcanique, analyse de lexosphère des lunes Europe, Ganymède et Callisto. MAJIS contribuera également à l’étude de latmosphère de Jupiter, de la surface dIo, ainsi que des satellites mineurs et des anneaux joviens.

Lancée en avril 2023, la sonde JUICE doit être mise en orbite autour de Jupiter en juillet 2031. Une telle mission nécessite une préparation en amont particulièrement exigeante. Avant leur intégration à la sonde, les instruments ont fait lobjet de campagnes d’étalonnage au sol destinées à reproduire, en conditions contrôlées, les environnements rencontrés en vol.

Tester et valider linstrument avant les observations scientifiques

Dans ce cadre, lIPGP, avec notamment Sébastien Rodriguez en tant que co-investigateur, a contribué à la conception dun code de simulation du banc de test, à la définition de la stratégie des essais (paramètres environnementaux, conditions et séquences de mesure) et à lanalyse des données. Linstitut avait en particulier la responsabilité de la caractérisation et de la validation des performances spectrales de MAJIS.

Ces analyses, engagées dès la fin des campagnes d’étalonnage, se poursuivent aujourdhui pendant la phase de croisière de la mission. Plusieurs jalons permettent de tester linstrument dans des conditions proches de celles des futures observations scientifiques : survols de la Lune et de la Terre en août 2024, survols de la Terre prévus en septembre 2026 et janvier 2029, ainsi que des observations dopportunité comme celle de la comète interstellaire 3I/ATLAS. Ces différentes campagnes permettent à la fois de vérifier la conformité de linstrument aux exigences définies lors de sa conception et de mieux contraindre ses performances dans un environnement spatial réel.

Enfin, en tant que membre de l’équipe scientifique de MAJIS, lIPGP prépare également lexploitation des futures observations. Lobjectif est de mieux comprendre la composition et la structure des surfaces des lunes glacées de Jupiter, ainsi que les processus géologiques qui les façonnent, potentiellement liés à la présence docéans deau liquide en subsurface. À ce titre, linstitut participe à la planification des séquences dobservation et au développement des outils danalyse, en collaboration avec l’équipe PI de lIAS et le segment sol de la mission à lESA (ESAC, Madrid).

Observation MAJIS dans l'infrarouge de l'objet interstellaire 3I/ATLAS superposée à l’image NavCam/Juice. Crédits : © ESA/Juice/MAJIS team (IAS, LPG/Osuna, LIRA, IPGP, INAF, CNES, ASI et autres partenaires internationaux)
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Frédéric Moynier élu membre de l’Academia Europaea

Frédéric Moynier, professeur à l’Institut de physique du globe de Paris et à l'Université Paris Cité, et directeur adjoint de l’IPGP en charge de la recherche de l’IPGP vient d’être élu membre de l’Academia Europaea, l’académie scientifique la plus reconnue à l’échelle européenne.

Frédéric Moynier élu membre de l’Academia Europaea

Date de publication : 09/04/2026

Prix et distinctions, Recherche, Vie de l’Institut

Fondée en 1988, l’Academia Europaea rassemble des chercheurs de haut niveau dans l’ensemble des disciplines, des sciences exactes aux sciences humaines. L’élection de ses membres, sur invitation et après évaluation par les pairs, distingue des trajectoires scientifiques marquées par une excellence reconnue et durable. 

En tant que cosmochimiste, Frédéric Moynier développe des approches isotopiques de haute précision pour retracer la formation et l’évolution des planètes. Ses travaux ont notamment permis de mieux comprendre l’origine des éléments volatils dans le Système solaire, ainsi que les processus ayant façonné la Terre et la Lune. 

Cette élection vient saluer une reconnaissance internationale déjà forte, illustrée par de nombreuses distinctions, et confirme le rôle de premier plan joué par les équipes de l’IPGP dans l’étude des origines et de l’évolution des planètes.

Lien vers le site de l’Académie

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DMA-80 evo Milestone

DMA-80 evo Milestone

Date de publication : 08/04/2026

Recherche

Cet analyseur mercure financé dans le cadre de l’appel à projets 2025 Petits et Moyens équipements de l’Université Paris Cité, permet de faire des analyses rapides, sans préparation chimique, des concentrations en mercure avec une précision de l’ordre de 1% sur des très petites quantités de mercure (< 0.1 ng) dans des échantillons solides ou liquides. L’analyseur peut traiter des matrices très variées, comme par exemples des roches, des minéraux, des sols, des sédiments, mais aussi des échantillons d’eau et des échantillons biologiques (tissus, cheveux, urine, sang). Un challenge analytique est de mesurer de très petits échantillons (~ milligramme), pour des applications où seulement quelques grains sont disponibles pour l’analyse. La première application de cette méthode a été la mesure de la concentration de mercure dans l’échantillon de l’astéroïde Bennu, rapporté sur Terre par la mission NASA OSIRIS-REx. Bennu étant considéré comme l’un des matériaux les plus primitifs du Système solaire accessibles sur Terre, cette analyse a permis, pour la première fois, d’estimer la concentration de mercure dans le Système solaire primitif. L’arrivée de cet analyseur mercure va permettre d’étendre les sujets de recherche à l’analyse de cet élément critique dans le domaine environnemental, mais aussi dans le domaine médical ou encore en cosmochimie avec en point de mire les futures missions de retour d’échantillons extraterrestres.

échantillon Bennu
Analyseur Mercure

Légende : échantillon de l’astéroïde Bennu, rapporté sur Terre par la mission NASA OSIRIS-REx et analysé à l’IPGP sur l’analyseur Mercure DMA-80 evo (Milestone).

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Peut-on écouter battre le cœur de Titan ? Les séismes de glace comme fenêtre sur un océan caché ?

À quoi ressemble l’intérieur de Titan, la plus grande lune de Saturne ? Cette question est au cœur de la future mission Dragonfly de la NASA, qui déposera dans les prochaines années un drone équipé d’instruments scientifiques à sa surface. Parmi eux, un sismomètre destiné à écouter les vibrations du sol de la lune de glace. Mais Titan tremble-t-elle suffisamment pour que ces instruments puissent capter quelque chose ? Une nouvelle étude menée par une équipe internationale impliquant l’IPGP apporte des éléments de réponse. En combinant modélisation sismique, géologie et physique des matériaux, les chercheurs ont exploré dans quelles conditions des séismes de glace générés par les forces de marée exercées par Saturne pourraient être détectés à la surface de Titan.

Peut-on écouter battre le cœur de Titan ?  Les séismes de glace comme fenêtre sur un océan caché ?

A possible internal structure of Titan. Illustration: D. Tessier & L. Delaroque; Base image: NASA/JPL-Caltech/University of Nantes/University of Arizona.

Date de publication : 07/04/2026

Recherche

Comme sur la Lune ou certaines lunes glacées de Jupiter, les contraintes gravitationnelles subies par Titan peuvent provoquer des fractures dans sa croûte de glace. Ces “icequakes”, analogues aux séismes terrestres, produisent des ondes qui se propagent dans l’intérieur de la lune. Mais contrairement à la Terre, ces ondes doivent traverser une enveloppe glacée dont les propriétés; température, porosité, structure; restent largement inconnues. 

L’étude montre que cette propagation s’accompagne d’une forte atténuation du signal, en particulier aux hautes fréquences. À cela s’ajoute un autre défi : l’environnement de Titan lui-même. Son atmosphère dense, agitée par des vents et des turbulences, génère un bruit de fond susceptible de masquer les signaux sismiques. Dans les scénarios les plus défavorables, les ondes les plus énergétiques pourraient ainsi passer inaperçues. 

Pourtant, tout n’est pas perdu. Les chercheurs identifient une fenêtre d’observation particulièrement prometteuse, autour de 0.5 à 1 Hz, où certaines ondes sismiques, notamment les réflexions successives dans la croûte de glace, restent détectables . Ces “échos” sismiques, produits par des allers-retours des ondes dans la coquille glacée, constituent une signature clé. Leur analyse pourrait permettre d’estimer l’épaisseur de cette croûte, et donc de contraindre la profondeur de l’océan liquide supposé sous-jacent ou simplement de vérifier son existence. Même avec un seul sismomètre, comme celui embarqué sur Dragonfly, ces observations pourraient fournir des informations précieuses. L’étude montre en particulier que la structure interne de Titan, notamment l’épaisseur de sa coquille de glace, laisse une empreinte directe dans la forme et la temporalité des signaux enregistrés. 

Au-delà de la seule détection des séismes, ce travail fournit un cadre réaliste pour l’interprétation des futures données de Dragonfly. En intégrant des modèles de sources géologiques plausibles, des structures internes cohérentes avec les observations de la mission Cassini qui a exploré les mondes de Saturne et donc Titan entre 2004 et 2017, ainsi que des scénarios réalistes de bruit et d’atténuation, il permet de mieux cerner les conditions dans lesquelles la structure interne de Titan pourra “se révéler” à travers ses vibrations.

"Seismic wave propagation across Titan's surface. Illustration: D. Tessier & L. Delaroque. Base image: NASA/JPL-Caltech/University of Nantes/University of Arizona. Adapted from ETH Zurich/D. Kim, M. van Driel, C. Böhm.

Ces résultats renforcent l’idée que la sismologie planétaire constitue un outil unique pour explorer les mondes glacés du système solaire. Sur Titan, où l’accès direct à l’intérieur est impossible, écouter les séismes pourrait bien être la clé pour comprendre la structure, l’évolution et peut-être le potentiel d’habitabilité de cet environnement fascinant.

Référence

L. Delaroque, T. Kawamura, A. Lucas, S. Rodriguez, K. Onodera, H. Shiraishi, R. Yamada, S. Tanaka, M. P. Panning, and R. D. Lorenz (2026). Investigating the Detectability of Body Wave Phases from Tidal Ice Cracking Events on Titan with the Dragonfly Short-Period Seismometer, JGR-Planets.

DOI: 10.1029/2025JE009432

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Les isotopes du lithium révèlent la chimie cachée des eaux volcaniques de Guadeloupe

Des chercheurs de l'IPGP présentent la première étude systématique des isotopes du lithium des eaux de surface de la Guadeloupe, révélant qu'une seule petite île peut abriter un spectre remarquablement large de processus d’intéraction entre le cycle de l’eau et les roches, avec des implications directes pour la compréhension de la façon dont les reliefs volcaniques tropicaux s’altèrent au fil du temps et influencent la chimie des océans.

Les isotopes du lithium révèlent la chimie cachée des eaux volcaniques de Guadeloupe

Grande Rivière de Vieux-Habitants / @IPGP - Jérôme Gaillardet

Date de publication : 31/03/2026

Recherche

Les isotopes du lithium (δ⁷Li) se sont imposés au cours des deux dernières décennies comme un traceur puissant de l’altération des silicates, c’est-à-dire la dissolution des roches par les eaux de pluie, qui libère des éléments vers les rivières puis, à terme, vers l’océan. Parce que la composition isotopique du lithium dissous est sensible à la fois à l’intensité et au type d’altération, elle offre un fort potentiel pour reconstituer les climats passés et les taux d’érosion chimique à partir de sédiments marins anciens.

Pourtant, la plupart des connaissances sur le δ⁷Li dans les rivières de zones volcaniques proviennent d’environnements tempérés ou froids, comme l’Islande. Les îles volcaniques tropicales, où des conditions chaudes et humides favorisent une altération intense des roches, restent encore largement inexplorées. La Guadeloupe, avec son volcan actif de la Soufrière, sa géologie contrastée allant de laves récentes à des formations anciennes profondément altérées, et son activité hydrothermale de haute température abondante, constitue un laboratoire naturel d’une richesse exceptionnelle.

Dans le cadre de l’observatoire ObsERA, une équipe de chercheurs de l’IPGP a collecté des échantillons d’eau dans onze des principales rivières de Basse-Terre, ainsi que dans quatre sources thermales sur les flancs de la Soufrière. Pour chaque échantillon, ils ont mesuré les concentrations en lithium et les valeurs de δ⁷Li, puis ont combiné ces données avec des informations existantes sur les taux d’altération chimique, l’âge des roches, les précipitations, la topographie et l’épaisseur du régolithe. Il en résulte l’ensemble de données isotopiques du lithium le plus complet jamais constitué pour une île volcanique tropicale, couvrant une gamme de δ⁷Li allant de +3,0 à +31,6 ‰, l’une des plus larges jamais observées sur une zone géographique aussi restreinte.

 
Isotopes du lithium dans les eaux des rivières volcaniques de Guadeloupe

La comparaison avec l’Islande révèle un contraste saisissant. En Islande, des valeurs élevées de δ⁷Li caractérisent les bassins versants anciens et altérés, tandis que des valeurs faibles correspondent aux bassins jeunes, où les taux d’altération chimique sont les plus élevés. En Guadeloupe, en revanche, l’évolution du δ⁷Li dissous en fonction de l’âge du substratum rocheux suit un schéma non linéaire : des valeurs faibles apparaissent aux stades précoces (<0,45 Ma, volcan de la Soufrière) et tardifs (≥1,5 Ma) de l’altération, tandis que les valeurs élevées correspondent à des âges intermédiaires. Cette différence s’explique par l’intensité de l’altération : en Islande, les sols minces et le climat froid maintiennent un régime où les minéraux primaires restent abondants et où le δ⁷Li reflète un équilibre entre dissolution des minéraux et formation d’argiles. En Guadeloupe, l’environnement tropical favorise, au début, une dissolution rapide et congruente à haute température, avec une faible incorporation du lithium dans les minéraux secondaires. Puis, à mesure que l’altération progresse, les régolithes deviennent épais et appauvris ; un processus supplémentaire — l’accumulation à long terme puis la remobilisation du lithium stocké dans les minéraux secondaires des sols — domine alors le signal isotopique dans les bassins plus anciens.

Ainsi, en Guadeloupe, le δ⁷Li dissous est principalement contrôlé par le temps de résidence du solide et l’histoire d’altération à long terme du régolithe, plutôt que par des paramètres hydrologiques actuels tels que le temps de transit de l’eau : un changement de perspective majeur, aux implications larges pour l’interprétation globale des isotopes du lithium.

Cette étude montre que l’altération précoce dans les îles volcaniques tropicales produit à la fois des flux élevés de lithium et de faibles valeurs de δ⁷Li — une combinaison auparavant surtout associée aux rivières de haute montagne — et peut donc influencer de manière significative la composition isotopique de l’eau de mer. Toutefois, cette influence reste limitée à une phase géologiquement brève : lorsque les terrains volcaniques mûrissent et que les sols s’épaississent, les flux de lithium chutent rapidement et convergent vers des valeurs typiques des environnements d’altération intense à l’échelle mondiale.

Ces résultats soulignent la nécessité de multiplier les études sur les îles volcaniques tropicales afin d’affiner les bilans globaux du lithium dans les rivières et les océans, et d’améliorer notre capacité à interpréter les archives isotopiques du δ⁷Li de l’eau de mer comme témoins de l’altération continentale et des changements climatiques passés.

Référence
Dessert, C., Dellinger, M., Clergue, C., Gaillardet, J., & Benedetti, M. F. (2026). Lithium isotopes in waters of the tropical volcanic island of Guadeloupe: A proxy of high and low-temperature water-rock interactions.

Geochimica et Cosmochimica Acta : DOI:10.1016/j.gca.2026.01.047

 
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Jean-Philippe Avouac nommé directeur de l’IPGP

Par décret du Président de la République en date du 23 mars 2026, Jean-Philippe Avouac est nommé directeur de l’institut de physique du globe de Paris à compter du 25 mars 2026, pour un mandat de trois ans.

Jean-Philippe Avouac nommé directeur de l’IPGP

Date de publication : 25/03/2026

Recherche, Vie de l’Institut

Publié au Journal officiel de la République française, ce décret entérine la nomination de Jean-Philippe Avouac à la tête de l’IPGP, sur proposition du conseil d’administration et avec l’avis conforme du président de l’Université Paris Cité.

Scientifique de renommée internationale, Jean-Philippe Avouac est spécialiste de la tectonique active (l’étude de la déformation de la croûte terrestre et des processus sismiques associés). Professeur au California Institute of Technology (Caltech), il a consacré une grande partie de ses travaux à l’étude des chaînes de montagnes, des grands séismes, notamment dans les zones de subduction, et des séismes induits par les activités humaines.

Ses recherches, largement reconnues à l’échelle internationale, lui ont valu de nombreuses distinctions, dont récemment le label Choose France, qui souligne l’excellence de ses contributions scientifiques et son rôle dans le rayonnement de la recherche française.

Cette nomination ouvre un nouveau chapitre pour l’IPGP, dans un contexte où les enjeux liés aux aléas naturels, au changement global et à la compréhension du système Terre sont plus que jamais au cœur des priorités scientifiques et sociétales.

Jean-Philippe Avouac prend officiellement ses fonctions le 25 mars 2026, succédant à Marc Chaussidon.

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Colloque international SOUFRIÈRE50 : la deuxième circulaire est en ligne, les inscriptions sont ouvertes

L’IPGP publie aujourd’hui la deuxième circulaire du colloque international SOUFRIÈRE50, qui se tiendra du 5 au 10 juillet 2026 en Guadeloupe.

Colloque international SOUFRIÈRE50 : la deuxième circulaire est en ligne, les inscriptions sont ouvertes

Date de publication : 24/03/2026

Recherche

Le colloque réunira une large communauté de chercheuses et chercheurs, d’ingénieures et ingénieurs, d’actrices et d’acteurs de la gestion des risques et de partenaires institutionnels, autour d’un objectif commun : revenir sur cinquante ans d’avancées scientifiques et d’expériences de terrain, et interroger les défis à venir face aux volcans actifs..

 

Inscrivez-vous dès maintenant

Les inscriptions sont ouvertes — et certaines activités, notamment les excursions, sont proposées en nombre de places limité.

👉 https://soufriere50.sciencesconf.org

Un QR code est également disponible dans la circulaire pour un accès direct à la plateforme.

FIN DE LA PÉRIODE
D’INSCRIPTION ANTICIPÉE
LE 30 AVRIL 2026

Quatre thématiques centrales, entre héritage dune éruption et perspectives scientifiques et sociétales

Cette deuxième circulaire dévoile un programme scientifique structuré autour de quatre grands axes :

  • Thème 1 – Progrès dans la compréhension des éruptions phréatiques
  • Thème 2 – Activité volcanique dans les Caraïbes et dans des environnements volcaniques similaires
  • Thème 3 – Gestion des risques et de l’incertitude
  • Thème 4 – Vivre à proximité de volcans actifs

Ces thématiques permettent de revenir sur l’éruption de 1976-1977 de la Soufrière de Guadeloupe, tout en ouvrant sur les grands enjeux scientifiques, opérationnels et sociétaux liés aux volcans actifs aujourd’hui.

La circulaire propose également le programme détaillé de la conférence, avec l’ensemble des sessions, tables rondes, formats d’intervention et temps d’échange prévus tout au long de la semaine. 

Une expérience scientifique… et de terrain

Le colloque s’accompagnera de plusieurs excursions scientifiques, dont une visite du dôme de la Soufrière et de ses zones de fumerolles actives, permettant d’observer directement sur le terrain les processus abordés lors des sessions.

Nombre de places limitées et uniquement sur inscription !

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Nanoparticules atmosphériques : une avancée méthodologique pour l’analyse de bioindicateurs urbains

Une équipe de l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP – Université Paris Cité), en collaboration avec le Muséum national d’Histoire naturelle et le CEREGE, publie dans Journal of Hazardous Materials une étude proposant un cadre méthodologique innovant pour la caractérisation des nanoparticules atmosphériques accumulées dans l’écorce d’arbre, utilisée comme bioindicateur passif de la pollution urbaine.

Nanoparticules atmosphériques : une avancée méthodologique pour l’analyse de bioindicateurs urbains

La reconstruction 3D de l'écorce obtenue par micro-CT (1vx=1 μm) a révélé une distribution dispersée de particules inorganiques dans le volume de l'écorce (de la surface au cœur) - et la nécessité consécutive d'une dégradation sélective complète de l'écor

Date de publication : 16/03/2026

Recherche

L’écorce d’arbre, archive de l’exposition aux nanoparticules

Les nanoparticules métalliques et d’oxydes métalliques émises en milieu urbain constituent des contaminants émergents dont la détection et la quantification demeurent analytiquement complexes. L’écorce des arbres agit comme un filtre passif, enregistrant l’exposition chronique aux particules ultrafines.

À partir d’analyses multi-échelles (microscopie électronique à balayage, microtomographie X, cartographie élémentaire), les chercheurs montrent que les nanoparticules inorganiques – principalement des oxydes de fer et de cuivre – présentent une distribution hétérogène : elles s’accumulent préférentiellement à la surface externe de l’écorce, tout en pénétrant partiellement dans les structures poreuses internes. La morphologie de l’écorce joue ainsi un rôle déterminant dans la rétention sélective des particules atmosphériques.

Dégrader la matrice organique sans altérer les nanoparticules

L’un des verrous majeurs réside dans la capacité à éliminer efficacement la matrice organique lignocellulosique tout en préservant l’intégrité des nanoparticules incorporées.

L’étude compare deux protocoles de dégradation :

  • un traitement par plasma froid d’oxygène (O₂),
  • une digestion chimique au tétraméthylammonium hydroxide (TMAH).

Le plasma O₂ permet d’éliminer jusqu’à 89 % de la masse sèche de l’écorce, avec une dégradation quasi complète de la lignine et de la cellulose confirmée par analyses spectroscopiques. Toutefois, l’impact sur la stabilité des nanoparticules s’avère dépendant de leur nature chimique : si les oxydes de titane (TiO₂) et d’aluminium (Al₂O₃) sont préservés, les oxydes de fer, de cuivre et de manganèse peuvent subir des transformations ou des dissolutions partielles. La digestion au TMAH induit quant à elle des phénomènes de dissolution ou d’agrégation liés aux interactions chimiques en milieu basique.

Vers des protocoles analytiques adaptés aux matrices complexes

Ces résultats soulignent l’importance du choix des protocoles de préparation d’échantillons dans l’interprétation des données environnementales. L’étude constitue, à la connaissance des auteurs, la première évaluation systématique de ces deux approches appliquées à l’écorce d’arbre pour l’extraction sélective de nanoparticules inorganiques.

En proposant une évaluation comparative détaillée des effets de dégradation sur la stabilité et la récupération des nanoparticules à des concentrations environnementalement pertinentes, ce travail établit un cadre méthodologique robuste pour l’étude du devenir, de la persistance et des risques potentiels associés aux nanoparticules métalliques dans des matrices biologiques complexes.

Ces avancées contribuent à améliorer les stratégies de surveillance environnementale des contaminants particulaires émergents et à renforcer la fiabilité des évaluations de risque en milieu urbain.

 

Contact

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Volcan Axial dans le Pacifique oriental : formation de la croûte par injection de sills magmatiques au sein d’un empilement de coulées de lave

Une équipe de l’Institut de physique du globe de Paris, en collaboration avec des chercheurs américains, a découvert que l’essentiel de la croûte supérieure du volcan sous-marin Axial se forme par l’injection latérale de sills magmatiques au sein d’un empilement de coulées de lave, alimenté par un vaste réservoir magmatique situé en profondeur. Leurs travaux, publiés dans Nature Communications le 5 mars 2026, ouvrent une nouvelle perspective sur la manière dont se construisent de grands édifices volcaniques, notamment les grandes îles volcaniques comme l’Islande.

Volcan Axial dans le Pacifique oriental : formation de la croûte par injection de sills magmatiques au sein d’un empilement de coulées de lave

Bathymétrie du Mont Axial / NOAA, Public domain, via Wikimedia Commons

Date de publication : 12/03/2026

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Équipes liées :
Géosciences marines

On observe couramment, sur les grands volcans tels que l’Etna, à Hawaï ou en Islande, de vastes coulées de lave rouges s’étendant sur plusieurs dizaines de kilomètres depuis le cratère. Ces laves sont d’abord stockées dans un réservoir magmatique situé sous la surface, qui traverse la croûte et alimente les éruptions via de fins dykes verticaux. On pensait ainsi que la croûte supérieure se formait principalement par l’empilement de coulées de lave subhorizontales à la surface et par l’intrusion de ces dykes verticaux.

Grâce à une technique d’imagerie sismique tridimensionnelle, les chercheurs montrent au contraire que les coulées de lave déposées à la surface s’enfoncent progressivement vers le grand réservoir magmatique sous-jacent. Elles sont ensuite recoupées par des sills de magma injectés latéralement le long des couches de lave. L’absence de séquences de dykes verticaux suggère que la croûte supérieure dans ce type d’environnement se forme essentiellement par l’interaction entre coulées de lave et sills magmatiques. Lorsque les coulées, riches en eau, entrent en contact avec le magma du réservoir, elles peuvent être partiellement refondues, remobilisées puis de nouveau émises à la surface sous forme de laves capables de parcourir de longues distances.

Les données de sismique réflexion 3D utilisées dans cette étude ont été acquises en 2019 à bord du navire sismique américain R/V Marcus Langseth, au niveau du volcan Axial dans l’océan Pacifique oriental. Situé à l’intersection de la dorsale Juan de Fuca — à expansion intermédiaire — et du point chaud de Cobb, le volcan Axial possède un sommet aplati marqué par une caldeira en forme de fer à cheval de 8 km sur 3 km, située à environ 1,4 km de profondeur sous la surface de l’océan (figure 1). Il abrite plusieurs champs hydrothermaux et a connu trois éruptions au cours des dernières décennies, en 1998, 2011 et 2015 ; une nouvelle éruption est considérée comme imminente. Lors de la campagne océanographique de 2019, le navire était équipé de quatre streamers de 6 km de long espacés de 150 m et de deux sources sismiques séparées de 75 m, permettant d’acquérir une bande d’imagerie de 300 m de large à chaque passage. La zone totale couverte par l’étude atteint 40 km sur 16 km.

Le volume sismique 3D obtenu révèle la présence de couches de coulées de lave (en jaune) depuis le plancher océanique jusqu’à environ 4 km de profondeur (figure 2). Ces couches plongent vers un domaine magmatique contenant des sills (en rouge), correspondant à un vaste réservoir magmatique. Le toit de ce réservoir marque la limite lithosphère–asthénosphère (LAB). L’enfoncement progressif des coulées de lave s’explique par la déflation du réservoir magmatique lors des grandes éruptions, combinée à l’empilement continu de nouvelles coulées. Contrairement au modèle classique, la séquence de dykes verticaux est absente : le magma est injecté sous forme de sills fondus le long des plans de stratification des coulées de lave. Par ailleurs, ces couches, initialement formées au fond de l’océan, se retrouvent directement en contact avec le réservoir magmatique chaud. Comme elles contiennent de l’eau, elles peuvent être facilement refondues et se mélanger au magma du réservoir, modifiant ainsi la chimie et la viscosité des laves émises lors des éruptions.

Cette étude menée sur le volcan Axial ouvre de nouvelles perspectives sur la dynamique des réservoirs magmatiques crustaux, leurs interactions avec les roches de la croûte et les processus éruptifs. Elle pourrait également permettre de mieux comprendre le fonctionnement d’autres systèmes volcaniques majeurs, comme celui de l’Islande. L’expérience a été financée par la National Science Foundation des États-Unis, tandis que la recherche a été menée à l’IPGP avec le soutien partiel du Conseil européen de la recherche (ERC).

Le volcan Axial dans le Pacifique Nord-Est, montrant la zone de rift nord (NRZ), la zone de rift sud (SRZ), les sources hydrothermales (triangles magenta pleins) ainsi que les coulées de lave associées aux trois dernières éruptions : 1998 (bleu), 2011 (cyan) et 2015 (vert). La caldeira en forme de fer à cheval, mesurant 8 km × 3 km, se situe au centre du volcan. Les zones gris clair transparentes indiquent la limite lithosphère-asthénosphère (LAB) (Kent et al., 2025). Le rectangle en pointillés épais indique la zone couverte par le volume de sismique réflexion 3D, tandis que les pointillés fins correspondent aux numéros des lignes inline et crossline. Les numéros inline vont de 101 à 538, espacés de 37,5 m, et les crosslines (Xlines) de 1001 à 4200, espacées de 12,5 m, ce qui correspond à un volume 3D de 16,3 km × 40 km. La carte en encart montre la région du Pacifique Nord-Est ; l’étoile indique l’emplacement du volcan Axial.
Couches de coulées de lave dans le volume de données sismiques 3D montrant des images de sismique réflexion traversant la zone de rift sud (SRZ), la zone de rift nord (NRZ) et l’extrémité sud de la caldeira sommitale. Les couches de coulées de lave interprétées sont mises en évidence par des lignes jaunes, les sills du domaine magmatique (situés sous la limite lithosphère-asthénosphère, LAB) sont indiqués par des lignes rouges, et les failles par des lignes magenta. Les emplacements des champs hydrothermaux sont représentés par de petits triangles magenta pleins. Les contours des coulées de lave associées aux éruptions de 1998 (bleu), 2011 (cyan) et 2015 (vert) sont superposés à la carte bathymétrique.

Source

Wu, H., Xie., W., Singh, S. C., Carton, H., Kent, G., Arnulf, A., & Harding, A. J. (2026). Oceanic crustal accretion by melt sill and lava flow interaction at Axial volcan, Nature Communications, Vol. 17, 

https://www.nature.com/articles/s41467-026-70033-x

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Parution de l’ouvrage Anisotropic Seismology aux éditions Cambridge University Press

Parution de l’ouvrage Anisotropic Seismology aux éditions Cambridge University Press

Date de publication : 10/03/2026

Recherche

L’Institut de Physique du Globe de Paris annonce la publication de l’ouvrage Anisotropic Seismology, coécrit par Jean-Paul Montagner et David Mainprice, paru en janvier 2026 aux éditions Cambridge University Press.
Consacré à l’anisotropie sismique, propriété omniprésente des matériaux terrestres à toutes les échelles, cet ouvrage multidisciplinaire propose une synthèse approfondie des connaissances actuelles, depuis l’échelle microscopique du cristal (0,1 nanomètre) jusqu’à l’échelle planétaire (1000 kilomètres).

En croisant sismologie, physique des minéraux, géodynamique et pétrologie, les auteurs montrent qu’une compréhension fine de l’anisotropie est indispensable pour interpréter correctement l’ensemble des données sismiques et géophysiques et, plus largement, pour décrypter les processus dynamiques de la Terre.

Fruit de plusieurs décennies de recherche à l’interface entre disciplines, ce livre illustre le rôle moteur des chercheurs de l’IPGP dans le renouvellement des approches en sciences de la Terre. Par son ambition scientifique et pédagogique, il constitue une référence pour les étudiants de master et de doctorat, les chercheurs en géosciences, ainsi que pour les géophysiciens impliqués dans l’exploration des ressources.
Cette publication contribue au rayonnement international des travaux menés à l’IPGP et, plus largement, au sein de l’Université Paris Cité, en affirmant l’excellence des recherches conduites à l’interface entre observation, expérimentation et modélisation.

À propos des auteurs

Jean-Paul Montagner est sismologue à l’Institut de Physique du Globe de Paris. Spécialiste de la structure et de la dynamique internes de la Terre, il a largement contribué au développement de l’imagerie sismique globale et à la compréhension de l’anisotropie du manteau terrestre.

David Mainprice est chercheur en physique des minéraux à l’Université de Montpellier. Ses travaux sur les propriétés élastiques des minéraux et la déformation des roches ont permis d’établir des liens essentiels entre observations microscopiques et signatures sismiques à grande échelle.
En réunissant leurs expertises complémentaires, les auteurs proposent une approche intégrée de l’anisotropie sismique, du cristal à la planète.

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